M le bord de l’abîme, Bernard Minier, XO 2019

Portail - Promenez-vous dans les bois.. pendant que vous ...

Hong Kong, temple des nouvelles technologies, de l’Intelligence Artificielle mais aussi des triades, des vices et des dépravations les plus tordues enfantées par le cerveau humain.

Lorsque Moïra intègre Ming, géant du numérique, elle se trouve confrontée au pire, meurtres sadiques, manipulations des consciences. Ses collaborateurs semblent tous avoir quelque chose à cacher, l’un d’eux est forcément LE monstre recherché par la police locale alors pourquoi son enquête parait-elle parfois facilitée par ceux-là même qu’elle soupçonne ?

Un thriller efficace qui nous fait regarder d’un autre œil l’écran de notre portable, œil toujours fixé sur nous, prêt à toutes les indiscrétions tant que l’affaire est rentable.

77, Marin Fouqué, Actes Sud, 2019

77, Marin Fouqué (Actes Sud)

Le 77, c’est un drôle de territoire, celui d’une campagne rattrapée par la ville, une campagne où la terre se fait grignoter par la voracité de sa voisine .

Le Narrateur est un de ces jeunes à capuche dont on ne voit pas vraiment le regard. Le sien est pourtant aiguisé, tourné vers des champs qui n’en finissent pas, sentinelle d’un abri bus qu ‘il ne prend plus la peine de quitter pour une scolarité incertaine. Perdu dans ses souvenirs, il remonte le temps au rythme des voitures qui passent, pariant sur les couleurs qui une fois devinées pourront, peut-être, exhausser les vœux les plus fous. Une immersion dans un être en construction, un peu perdu, violent et tendre aussi . Surprenant.

Le dernier violon de Mehuhin, Xavier-Marie Bonnot, 2017

Roman envoutant que celui de Xavier-Marie Bonnot, on y parle de musique, bien sûr, mais pas seulement et si l’âme du Lord Wilson et du Milanollo ne sont jamais bien loin, c’est aussi la nôtre qui s’invite entre les pages , sœur humaine du personnage central au moment où tout finit.

Rodolphe Meyer vit en effet ses derniers instants dans la ferme familiale dont il vient d’hériter. Violoniste virtuose, prodige à l’enfance volée, séducteur adulé puis délaissé, il y rencontre son double mystérieux , lointain cousin du Victor de Truffaut. Mirage ou réalité? Peu importe. Les questions posées sont universelles et touchantes, le voyage est poétique, jamais désespéré et la musique de l’écriture nous poursuit bien après que le livre ait été refermé…

L’infini livre, Noëlle Ravez, 2014

 

 Qu’un roman soit une fiction, voilà qui n’a rien d’original, qu’il porte sur l’écriture et le milieu littéraire, cela s’est déjà lu, qu’il affirme un futur dans lequel contenu du livre n’aura plus qu’une importance anecdotique, là,nous nous retrouvons en terre étrangère.

Voyage novateur par conséquent que celui de l’infini livre. Si la logique mécanique des talk-show littéraires est poussée jusqu’au dénouement fatal, celle de la lecture ne l’est pas moins. « En soi, il n’était en rien difficile de parler des livres. C’était à la portée de n’importe qui. » (p 25) forcément, quand le livre se réduit au poids et à la couverture !

 Plus grave, la musique et le langage ont subi le même revers dans ce conte philosophique sans Candide.

 Alors ? Monde perdu?Fin des rêveries ? Fin de toute tentation d’intelligence ?

  C’est de la rencontre que va naître la solution, la rencontre de deux femmes écrivains. D’abord comparées,puis fusionnées par le système, elles vont commettre l’impensable :ouvrir un livre et…

En dire davantage serait un coup en traître et il n’y aurait plus de surprise mais ce roman est à lire absolument. Beaucoup d’humour, d’ironie et un futur qui a bien des points communs avec certains aspects de notre présent.

Troisième personne, Valérie Mréjen, 2017

persLa troisième personne, c’est « lui », enfin « elle » puisque le bébé est une fille.

Les phrases, souvent brèves, suivent le parcours de la nouvelle maman de la chambre d’hôpital au foyer désormais réinventé par la présence du petit bout de femme. De ce bébé, on ne connaîtra ni le nom ni les pensées puisque tout est vu du côté des parents, adultes confrontés à un changement radical de tout ce qui faisait leur vie de quarantenaires bien installés dans leur quartier parisien.

De la sortie de la maternité aux premières colères, de l’émerveillement à la consternation, toute la palette des incohérences de l’amour parental sont recensées, notées avec précision. Ceux qui ont déjà fait l’expérience de la parentalité se reconnaîtront souvent dans les situations décrites, pour les autres…suivez le guide!

Un roman qui se lit comme on feuillette un album de souvenirs ou un guide, les émotions en plus.

À offrir à la maternité?

La brocante Nakano, Kawakami Hiromi,2009

brocante

Pour bien commencer l’année, dépaysement culturel garanti avec ce roman japonais trouvé sur les étagères de la bibliothèque de Saint Pierre, dépaysement qui tient d’ailleurs plus à la description des comportements qu’aux décors !

Délicatesse, souci des convenances, extrême importance de la politesse, les vertus nippones prennent ici tout leur sens mais on retrouve aussi dans ces pages les intemporelles hésitations du cœur. Celles des jeunes filles comme Hitomi, employée de la fameuse brocante et  celles de leurs aînés, qu’ils soient masculins à l’image de Nakano, propriétaire de la boutique, ou féminins comme Nasayo, sœur de celui-ci.

Les objets vont et viennent, parfois lestés de l’histoire de leur propriétaire.La sensualité se niche aux endroits les plus improbables,dans la courbe d’une coupe, l’esquisse d’un corps, les poupées fabriquées par Masayo.

Ce roman  n’est certes pas une épopée ou alors l’épopée des petits bonheurs et malheurs de l’existence. Si le titre n’avait été pris, il aurait pu s’appeler « La délicatesse » tant l’écriture et l’histoire sont légères. Les intrigues amoureuses se croisent, se tissent ou se défont au gré des hasards et des hésitations sentimentales. La vie, quoi!

Et les flocons sont appelés « fleurs de vent », poétique, non?

Le gang des mégères inapprivoisées ou comment kidnapper un mari quand on n’a rien pour plaire, Tom Sharpe, 2010

GRRRRRR!mégères

Trop déçue!

Moi qui me réjouissais de retrouver l’humour ravageur du si britannique Tom Sharpe, son Gang de mégères me laisse furax.

L’intrigue est aussi mièvre que les romans à l’eau de rose lus par un des personnages du roman. Les jeux de mots tombent à plat, l’histoire manque d’intérêt et la fin est pliée en deux temps trois mouvements, comme si le contrat était rempli et qu’à telle page il fallait absolument que cela se termine.

Là où le quatrième de couverture annonce une « farce échevelée, explosive et hilarante », je n’ai trouvé qu’un pétard mouillé qui ne m’a arraché que quelques rares sourires. Ça m’apprendra à faire confiance…

Allez! Je vais rester optimiste, on va dire que c’est un coup de mou et que l’auteur va vite retrouver sa verve, n’empêche, je vais attendre un peu avant de relire sa prose!

La fin des temps, Haruki Murakami, 1985

finDeux récits à la première personne. Deux mondes: celui des “Merveilles sans merci” et celui de la fin du monde.
La référence à Léwis Caroll donne le ton, un des personnages le dit d’ailleurs clairement “ c’est comme dans Alice au pays des Merveilles, pour plonger dedans, il faut absolument un breuvage spécial”.
Notre potion magique, à nous lecteur, se résume aux titres de chapitres, un , deux ou trois intitulés rattachés à l’un ou l’autre des deux mondes et balisant l’histoire un peu à la façon des récits picaresques du XVIIIème siècle.
De quoi s’agit-il?
Au pays des Merveilles, le narrateur, divorcé, informaticien programmateur d’un genre un peu particulier, est chargé par un vieux savant original de brouiller une programme selon une méthode inventée par ledit savant. Il va pour cela devoir se rendre dans un laboratoire caché dans les profondeurs du centre de Tokyo, affronter de mystérieuses créatures souterraines et lutter pour sa survie au sein même de l’entreprise pour laquelle il travaille. À cela s’ajoutent de très jolies jeunes femmes, des crânes de licorne et beaucoup de verres de whisky .

Le narrateur de la fin du monde, lui , ressemble comme un frère à ce personnage chahuté par le récit du pays des merveilles, à ceci près que les licornes de son monde sont bien réelles et qu’il ne rencontre leurs crânes qu’après leur mort. C’est même sa tâche principale: lire les crânes et les vieux rêves dont ils sont dépositaires. Par quelle magie? C’est ce que l’histoire nous fera découvrir.
Qu’est ce qui fait qu’une vie vaut la peine d’être vécue? Qu’est-ce qu’une âme? Un cœur?Autant de questions qui sont posées sans pour autant proposer de réponse. Finalement, ce roman parfois déroutant m’a fait penser à un film de Philip Meyer, Le passeur, que je venais juste de découvrir. C’est un peu le même sujet même si Murakami l’emporte haut la main sur le terrain des explications scientifiques et des ambiances étranges.
Une plongée à travers le miroir pleine d’attraits qui vous fera regarder votre ombre d’un autre œil!

Qui est tenté par un partage littéraire ?!

LE BOUQUIN IVRE

Bonsoir à tous!

Fraîchement arrivée sur la blogosphère, une idée m’est venue durant l’après-midi (au boulot..oups!), mais peut-être que celle-ci a déjà été émise par d’autres personnes. Merci de m’en faire part, si tel est le cas 🙂.

Nous échangeons pour certains par l’intermédiaire de commentaires ou par des like.
À l’heure où fleurissent multiples colis littéraires offrant découvertes variées, je propose à ceux qui le souhaitent d’apprendre à nous connaître davantage!
Pour cela, il s’agirait de s’inscrire, puis un tirage au sort déterminerait le duo qui s’échangerait un bouquin ( par colis ou uniquement par conseil mail ?).

Afin de créer un peu de suspens et d’intérêt, le binôme littéraire aurait 5 questions à s’échanger qui permettraient d’orienter leur choix en terme de bouquins!

Par exemple:
1. Style littéraire privilégié ?
2. Dernier coup de cœur:
3. Thématique qui me fait chavirer:
4. J’ai pas osé, mais…
5. La…

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Les nouveaux amants, Alexandre Jardin, 2016

Vraiment nouveaux, ces amants?

amants

Si sous le ciel de la littérature sentimentale ce n’est pas tout à fait évident, sous celui de la bibliographie d’Alexandre Jardin, ça l’est encore moins. Sa signature se reconnait dès les premières lignes et l’intrigue rappelle les grandes interrogations amoureuses du Zèbre ou de Fanfan. L’amour peut-il résister à l’usure du temps?

Le héros est cette fois un dramaturge fantasque qui cherche à vivre sur scène et à travers ses comédiens les fantasmes de sa vie rêvée, douce folie très masculine qui n’aura plus de frein dès lors qu’elle rencontrera son double féminin. L’écriture de plateau comme co-création, pourquoi pas?

Les chapitres sont les actes et les scènes de la rencontre amoureuse, de ses fulgurances et hésitations qui envoient tout balader: convenances, conjoints, pudeur, limites en tout genre. On va jusqu’au bout de ce roman mais l’impression de déjà lu fait regretter la fantaisie qui m’avait enchantée en 2004 dans la Révolte des coloriés, version ado du roman Les coloriés où la vie sans adulte d’une poignée d’enfants réservait bien des surprises au lecteur.