L’invitation à la valse, 1932,Rosamond Lehman, Belfond 2020

Une valse à mille temps, ce sont bien sûr les paroles de Brel qui résonnent à l’oreille, mais ce roman, « vintage » selon l’éditeur, nous en donne une autre version tout aussi convaincante. Les demoiselles Curtis, Kate et Olivia, la plus jeune, sortent dans le monde. Olivia vient de fêter ses dix-sept ans et attend de ce premier bal monts et merveilles. De danse en danse, d’attentes en désillusions, elle découvre la vie au fil des valses et de son imagination riche et exaltée . Du jeune blessé de guerre au barbon libidineux, la candeur de son regard dresse un portrait plein d’ironie de la bourgeoisie anglaise de l’entre deux guerres, guindée et désuète mais aussi tentée par d’autres musiques. Valse ou jazz ? Telle est peut-être la question que l’Histoire balaiera quelques années plus tard.

Le fou d’Ariane, Myrielle Marc, XO éditions, 2020

Un vieux et riche notaire décide un soir de refuser toute richesse matérielle. Vœu pieu ?

Pas si sûr mais ce qui est certain, c’est que du jour au lendemain, sa famille se retrouve sans le sou, cloîtrée dans une vieille maison qu’il n’est pas question d’entretenir. Alors que tout se délite, les liens se resserrent. Devenus parias pour le village, les enfants, cousins, frères, demi-frères ou sœurs courent la montage et constituent une étrange tribu de chasseurs-cueilleurs, lutins joyeux pour qui l’amour justifie même la folie .

L’aïeule seule, imperturbable, proteste dans le silence de sa chambre.

La Narratrice, Véronique, raconte cette vie étrange mais heureuse avec le regard candide qu’elle pose sur ceux qui l’entourent et sur Ariane, sa sœur, dont les histoires étranges peuplent parfois ses rêves et ses peurs. Car Ariane voit tout, sait tout et de la vérité vont naître les doutes et les tentations qui brisent l’innocence .

Le palais des orties, Marie Nimier, Gallimard, 2020

Le Palais Des Orties

S’il est une mauvaise herbe que l’on a tous fréquenté de bon ou de mauvais gré, c’est bien l’ortie. Omniprésente dans ce récit, elle l’est aussi dans la vie des personnages de ce roman, agriculteurs d’une nouvelle ère dans laquelle le bio se fait une place au soleil et où la main d’œuvre se trouve sur internet via le woofing.

Le couple de cette histoire : Nora et Simon, vivent dans une campagne banale, loin du cliché champêtre «  verdure et papillons », peu à l’aise financièrement, ils reçoivent une woofeuse qui, en, plus de sa force de travail, va leur apporter bien plus. Jeune, belle, elle perturbe un équilibre fragile et questionne les personnages sur ce qu’ils ressentent vraiment . Beaucoup d’amour dans ce roman et pas de manichéisme facile, tout le monde aime, souffre et vit avec justesse.

Le dernier juif d’Europe, Joann Sfar, Albin Michel, 2020

Étrange roman que celui de Joann Sfar, on y retrouve l’humour grinçant qui séduisait le lecteur du Chat du Rabbin et toujours la question du judaïsme traitée sur un mode pour le moins original, entre vampire juif bien intentionné et père qui se débarrasse de sa circoncision ; Cela peut paraître loufoque, normal, ça l’est, mais cela fait réfléchir aussi au curieux destin du peuple apatride et l’actualité politique y est tournée en dérision de façon plutôt efficace. Nos présidents successifs ne s’en sortent ni indemnes ni grandis…

L’institut, Stephen King, Albin Michel, 2020

Très bon thriller que ce roman d’un auteur qu’on ne présente plus et qui nous emmène ici au cœur d’une machination née des délires nazis et poursuivie dans le plus grand secret ; Des enfants disparaissent. Des hommes puissants meurent. Quel est le lien ?

Le grain de sable malicieux qui grippera la machine infernale s’appelle Luke . Il a 12 ans, la politesse des enfants élevés avec amour, l’intelligence d’un surdoué et le courage que donne le désespoir. Impossible de décrocher une fois le livre commencé !

La race des orphelins, Oscar Lalo, Belfond, 2020

La Race des orphelins (Pointillés) - Livres d'occasion

Comment vivre quand on ne se connaît pas, quand sa naissance est une des hontes de l’histoire de son pays, qu’on est né allemande et blonde aux yeux bleus ?

C’est l’enjeu de ce roman tout en finesse où un scribe prête sa voix à celle qui n’a pas les mots. À travers les non-dits d’Hildegarde, à travers sa quête d’une origine dont les preuves ont été détruites par les nazis en déroute, c’est la réalité dérangeante des enfants des Lebensborn qui se décrit, une folie de contrôle et d ‘eugénisme qui n’est pas sans nous faire penser à la Servante écarlate de Margaret Atwood, la fiction en moins puisqu’il ne s’agit pas ici d’une dystopie.

Une écriture lacunaire parfaite d’exactitude, émouvante et glaçante. Les nazis avaient décidé de créer la race parfaite, on voit ici le point de vue de ces enfants de personne nés de viols, d’enlèvements ou d’abandons, le fardeau n’est pas facile à porter !

Le chant du poulet sous vide, Lucie Rico,P.O.L 2020

Drôle de titre pour un drôle de roman. Le 4ème de couverture : « Quand on aime les poulets, on aime tout d’eux. La gentillesse qu’on leur donne, ils nous la rendent en sortant du four »

On s’attend alors à un humour plutôt second degré mais pas du tout ! Le personnage principal, Paule, aime vraiment les poulets d’un amour inconditionnel qui touche à la folie, aussi, lorsqu’à la mort de sa mère, elle hérite de son élevage de volailles, il lui paraît peu à peu tout naturel de s’y coller à son tour.

Amour envahissant, amour qui déteint sur ceux qu ‘elle aime (ils sont peu), sur ceux qu’elle agace, ( ils sont nombreux), mais aussi sur ceux qu’elle intéresse pour de très claires raisons commerciales.

Le problème c’est que la sincérité prime sur la raison et que ses épitaphes aux poulets défunts vont l’embarquer sur de bien étranges chemins.

Une lecture déroutante, un brin dérangeante, qui nous fait regarder d’une manière différente notre assiettes et nos habitudes de bipèdes dits « supérieurs ».

Le Palais de Minuit,Carlos Ruiz Zafon, Laffont, 2012

Le palais de minuit: Roman - Carlos Ruiz Zafón - Livres d'occasion

Un homme pourchassé, deux orphelins, une ombre maléfique. Quels secrets cache la sombre Calcutta entre misère et meurtres ?

Les personnages sont ambigus, les méchants peuvent être le reflet de nos propres peurs . Le rêve d’un futur radieux peut parfois mener à de bien tristes chemins et engager la vie de ceux-là même qu’on aurait aimé sauver.

Sauvage, James Bradbury, Gallmeister 2019

Sauvage

Curieux roman que celui-ci !

Il met en effet en scène un personnage, Tracy, qu’on a bien du mal à apprécier. : dix-sept ans, une sauvagerie dérangeante et surtout une passion pour la course en traîneau , la jeune fille a d’étranges relations avec son entourage. Une mère défunte qui semble parfois la hanter, un père bourru qui fait ce qu’il peut, l’ambiance est pesante dans ce coin perdu d’un Canada où hurlent les loups et où rode l’inconnu. À éviter les jours de déprime !

La communauté des esprits, André Pullman, Gallimard 2020

La Trilogie De La Poussière T.2 - La Communauté Des Esprits Gallimard-jeunesse

Quel régal de retrouver, jeune adulte, Lyra, personnage de la trilogie de la Croisée des Mondes !

Après La Belle Sauvage qui nous racontait ce qu’elle avait vécu enfant, on la retrouve à 20 ans, toujours aussi têtue et toujours aussi surprenante. Malcom, son sauveur lorsqu’elle était bébé, réapparaît et les péripéties se multiplient autour du parfum de roses mystérieuses que persécute le redoutable Magistérium.

L’Orient est le point de convergence de multiples intrigues, les personnages sont hauts en couleur, les daemons fascinants, inquiétants ou absents. On retrouve tout ce qui faisait la magie de la croisée des mondes avec la frustration de devoir attendre pour lire le troisième Tome !!!