Merfer, China Melville, 2016 (Outrefleuve)

Merfer, de China Miéville | limaginaria

Imaginez Moby Dick sur rail et terre ou Robinson sans cocotiers, China Miéville a la culture littéraire vagabonde et joue à mêler son imagination à celle des grands maîtres du roman d’aventures.

Son monde est un univers où les rails sont les seules voies suivies, où la terre bruisse de vies devenues monstrueuses, créatures de cauchemars à dards et à pinces, prédateurs impitoyables pour ce qui reste de l’humanité.

Le personnage principal, Shann, orphelin soigneur du Médès, va découvrir un étrange objet à bord d’une épave ferroviaire et cette trouvaille va le mener aux confins du monde, vers les larmes du Paradis et les mythes perdus.

Si le début peut agacer par sa référence plus qu’appuyée à Melville, on se laisse prendre au charme de cette réécriture finalement fort inventive et cultivée, les personnages prenant peu à peu leur indépendance littéraire pour nous mener au bout des rails !

Mes bien chères sœurs, Chloé Delaume, 2019

Mes bien chères soeurs (Fiction & Cie) eBook: Delaume, Chloé: Amazon.fr

Lecture inhabituelle pour moi, plutôt fidèle au genre romanesque ou théâtral, puisqu’il s’agit ici d’un texte pamphlet, appel à une sororité qui secouerait le « cocotier » patriarcal .

L’écriture est efficace. Beaucoup de vérités rappelées avec force mais un regret tout personnel : l’égalité est certes une lutte à mener mais est-elle obligatoirement contre l’autre sexe?

Les rendez-vous de la clairière, Robert Penn Warren, 1971

Les rendez-vous de la clairière - Robert Penn Warren - SensCritique

Roman américain certes, mais si on y cherche les échos du « rêve américain », il vaut mieux passer son tour . L’intrigue nous emmène en effet du côté des laissées pour compte d’une Amérique blanche, étriquée et raciste, celle d’un Tennessee où on grille encore les Métèques, qu’ils soient coupables ou non. Les personnages semblent dépossédés de leur propre vie, épinglés vifs sous le regard des autres et de leurs préjugés. C’est leur solitude qui les rend terribles. Attachants, on voudrait tant leur bonheur qu’on en oublierait presque la fatalité des lieux.

Cassie a l’étoffe des grandes amoureuses, son histoire est de celles qu’on a du mal à oublier. Le cadre est celui d’un État qui semble imposer aux êtres un chemin dont il est dangereux de s’écarter et pourtant, comment savoir qui on est sans oser ?

Le Sauvage, Guillermo Arriaga, 2019

GUILLERMO ARRIAGA - Alina Gurdiel et Associés


Dépaysement garanti pour ce roman qui nous embarque à Mexico, ville gangrenée par la corruption et les magouilles en tout genre. Ici , pas de plage ou de coucher de soleil de carte postale mais le récit de destins, celui de Juan Guillermo, cerné par la mort de ceux qu’il aime et qu’il est bien déterminé à venger, et celui d’Amaruy, métis inuit en quête d’un animal qui n’est pas sans évoquer la Moby Dick de Melville.

Mexique et Canada

Deux sauvages en révolte contre une société où règne la loi du plus fort.Des personnages attachants, une description glaçante du Mexique contemporain mais aussi de l’espoir et de l’humanité malgré tout . Il y a dans ce roman beaucoup de culture littéraire, le personnage principal étant lui-même un lecteur des plus cultivés, le récit est entrecoupé de récits mythologiques qui convoquent aussi bien les Vikings que les dieux de la Grèce antique, mais aussi beaucoup d’inventivité dans la typographie et les parallèles parfois surprenants entre cultures différentes. Un roman qu’on n’oublie pas.. 

La voie Verne, Jacques Martel, Mnémos 2019

La voie verne

Avis aux admirateurs de Jules Verne, ce roman de SF est un voyage au cœur des œuvres de cet auteur souvent sous estimé !

Dans un avenir pas si improbable, le papier est devenu si rare que les livres ont été réquisitionnés et recyclés, le savoir étant confié à l’informatique jusqu’au jour où un virus s’en prend aux données précieusement collectées et réduise à néant la mémoire littéraire de l’humanité. Les livres rescapés deviennent alors rarissimes, propriétés de l’État ou cachés par des passionnés telle que la famille de Gabriel, étrange enfant qui vit dans le virtuel du monde créé par Jules Verne. Arrive alors un personnage ambigu, supposé majordome, au visage curieusement familier…

Du mystère et beaucoup d’inventivité, un régal littéraire et fantastique que n’aurait sans doute pas renié le maître !

Le service des Manuscrits, Antoine Laurain ,Flammarion, 2020

Violaine dirige avec brio le Service des Manuscrits de sa maison d’édition. Entre ses mains, la vie et les espoirs de milliers d’inconnus qui se rêvent écrivains . Beaucoup de candidats, peu d’élus alors quand enfin elle ou une de ses collaboratrices trouve LA perle rare, LE manuscrit qui mérite un soleil, symbole par lequel elle marque une découverte de valeur , c’est l’effervescence.

Les fleurs de sucre font lever les soleils de toute l’équipe et ont tant de succès une fois publiées qu’elles entre en lice pour le Goncourt . Banal ?

Pas tant que ça puisque l’auteur s’évapore. Homme ou femme, nul ne le sait, pas même Violaine et quand vont ressurgir les fantômes du passé, on flirte avec le polar pour le plus grand plaisir du lecteur. Un roman qui se lit vite mais dont la petite musique a tout pour plaire !