Titus n’aimait pas Bérénice, Nathalie Azoulaï, P.O.L 2015

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Ah bon ?

Si la question des sentiments de l’Empereur pour la reine palestinienne a souvent été posée, jamais réponse ne fut aussi péremptoire.

Même Aragon avec le clin d’œil de son incipit d’Aurélien «  La première fois qu’il vit Bérénice, Adrien la trouva franchement laide », n’avait pas osé trancher…

C’est donc chose faite.

Le roman s’ancre dans l’époque contemporaine par une rupture d’aujourd’hui mais la Bérénice du XXI ème siècle saura faire le deuil d’un amour qui finalement n’est pas à la hauteur de sa passion en convoquant les mânes du grand Racine .

À penser en alexandrins, elle relit toute l’œuvre et revit la vie du dramaturge classique, de sa petite enfance à son éducation janséniste, de l’homme de lettres au courtisan père de famille.

C’est toute l’histoire de Port Royal que l’on retrouve ici, ses certitudes, ses refus et sa triste fin, ordre monastique intransigeant dont le roi Soleil tente d’éradiquer jusqu’à la mémoire.

C’est compter sans le génie racinien et la force des vers qui se sont nourris à la source du jansénisme. Une résurrection fort réussie et bienvenue !

La Guérilla des animaux, Camille Brunel, Alma éditeurs, 2018

L’homme est une plaie pour le monde animal, c’est bien connu. Entre les mangeurs de steaks et les amateurs de pelisses exotiques, pas facile de survivre quand on a la poisse d’être né vache ou panthère .

Isaac aime les bêtes plus que les hommes et puisque les organisations classiques de défense animale ne suffisent pas à endiguer l’inexorable appétit de l’espèce humaine, qu’à cela ne tienne, il lui déclare la guerre .

Un roman qui décrit la magie du spectacle de la nature avec d’autant plus de grâce qu’il n’hésite pas à y associer des exécutions pour le moins définitives . De la violence certes, mais aussi de l’émotion et une réflexion sur le monde que nous détruisons.

La horde du Contrevent, Alain Damasio, Folio SF 2004

Curieuse expérience que la lecture de ce roman. Par les premières pages d’abord : elliptiques, suite d’apostrophes et de virgules, de mots tronqués où l’on peine à deviner la phrase, par les signes cabalistiques qui commencent chaque paragraphe ensuite et qui, bien qu’expliqués par la liste des personnages ( un signe, un personnage ) demandent au début une gymnastique intellectuelle un peu déroutante .

Tout commence dans la tempête , tempête qui n’a rien d’ordinaire puisqu’on est sur une planète où le vent déchire les chairs et détruit tout sur son passage. Au cœur de l’élément déchaîné, un bloc : la Horde.

Ce bloc, c’est vingt deux êtres liés comme un nœud et dont le but est d’avancer, d’avancer encore jusqu’au bout de leur monde, source possible des vents et réponse à toutes leurs questions .

Les personnages sont fascinants, de Golgoth le traceur, force brute et animale, à la mystérieuse Oroshi, aéromaître experte dans l’art de déchiffrer les vents, sans oublier l’extraordinaire troubadour Caracole ou encore les attachants jumeaux Horst et Karst, je ne veux pas les nommer tous mais il le faudrait pour tenter de rendre toute la richesse de ces êtres en quête de vérité .

La trouveront-ils au bout du voyage ? Parfois.

Même s’il faut pour cela renoncer à vivre .

Le groupe est un personnage à part entière, les questions qu’il se pose sont universelles. L’écriture est belle, l’aventure dépaysante et passionnante. On oublie presque qu’il s’agit de SF tant l’humain est au cœur de l’histoire. Chef d’œuvre d’après le 4ème de couverture, grand roman en tout cas que l’on aime ou non la science fiction !

À lire absolument !!!