Agatha Raisin enquête, Crime et déluge, M C Beaton Albin Michel, 2018

Chic ! Une nouvelle série policière. Enfin « nouvelle » pour moi puisqu’il s’agit déjà du 21ème roman mettant en scène Agatha raisin, quinquagénaire aux ambitions de détective et qu’apparemment on en a même tiré une série TV ;

On la découvre ici déprimée par son divorce et encline à un laisser aller fort peu esthétique mais le déluge qui s’abat sur la petite ville où elle vit, l’arrivée d’un nouveau voisin et une mariée flottant dans les rues vont remettre en selle ce personnage truculent et délicieusement anglais .

Une lecture vacances, à savourer comme un cornet de glace ou plutôt comme un scone à la crème agrémenté de marmelade. Sans mièvrerie et avec juste ce qu’il faut de touche foldingue pour mettre de bonne humeur, ce n’est certes pas une lecture inoubliable mais en tout cas pas désagréable et après retour en arrière sur les premiers aventures de l’héroïne, Remède de cheval et Pas de pot pour la jardinière , impression confirmée : le plaisir est plus dans les états d’âme du personnage que dans l’intrigue policière , laquelle étant à chaque fois résolue très ( trop?) rapidement en fin de roman.

Sans laisser d’adresse, Harlan Cohen, Belfond noir, 2010

Les intrigues d’Harlan Cohen sont toujours cousues-main et celle-ci ne fait pas exception à la règle.

Une disparition, des terroristes, des flics, Interpol, on retrouve ici des ingrédients classiques mais avec ce petit quelque chose en plus qui fait qu’on se laisse surprendre jusqu’au bout de la lecture .

On attend une banale histoire d’enlèvement, on se retrouve au cœur d’une machination  orchestrée par les intégristes les plus patients de l’histoire ce qui fait que les faits qu’on pense ne dater que d’une quinzaine d’années et ne concerner qu’une famille se révèlent avoir des ramifications pour le moins imprévisibles.

Un très bon polar !

Diabolic, S.J Kincaid, Bayard 2016

Un peu de SF pour changer et une très bonne surprise avec ce roman traduit en 2017 pour la version française.

Les modifications génétiques sont aujourd’hui une réalité alors quand un auteur pousse le concept avec assez d’imagination, la magie opère forcément. On a donc un univers de space opéra dominé par un tyran à la romaine et son rejeton sadique, Simitrien, opposant obstiné à toute forme de connaissance ou de liberté et fils d’une mère qui n’a rien à envier à l’Agrippine historique de nos cours de latin.

Vous suivez toujours ?

Face à lui va se dresser Némésis, ( oui, je sais, beaucoup de références mythologiques quand même!) créature façonnée pour combattre et ne protéger qu’un seul être pour lequel elle donnera tout. Alors quand l’Empereur menace cet être-là, plus rien ne peut arrêter Némésis, ni la souffrance ni l’apprentissage de sentiments qu’elle n’est pas supposée pouvoir éprouver .

Un univers bien construit avec planètes déroutantes, vaisseaux spatiaux et assassinats en tout genre. Les personnages sont attachants, l’histoire d’amour, quoique prévisible, l’est aussi et le roman pose finalement la question de l’inné et de l’acquis sous un angle inhabituel ; on retrouve les thèmes de l’esclavage, du racisme, de la perversité et de la décadence des civilisations. À suivre donc puisque même si la fin est satisfaisante, le roman finit sur la promesse d’autres aventures.

Que va-t-on faire de Knut Hansum ? Christine Barthe, Laffont 2018

Knut Hansum, prix Nobel de Littérature,

Knut Hansum, auteur de La Faim,

Knut Hansum soutien du nazisme…

Comment concilier les choix d’un homme qui ne regrette rien, qui dépeint si bien l’âme humaine, mais qui cède à la barbarie dès lors qu’elle s’invite dans son pays ?

L’écrivain justifie tout par l’amour qu’il porte à sa terre de Norvège, est-ce par fierté ou par aveuglement ?

Christine Barthe se penche sur les dernières années du grand homme. On l’y voit vieilli, agacé, attendant sans fin un procès toujours ajourné dans lequel il revendique de s’expliquer. Sa défense ne variera pas mais à l’hospice où on l’a relégué, il rencontre des figures de son passé qui nous aideront un peu, à mieux comprendre .

Un portrait touchant car profondément humain. Knut Hansum n’est pas fou, tant pis si cela aurait arrangé tout le monde «  vieux, pas fêlé ! » comme il le dit et surtout infiniment complexe.

« Je suis une variété réunie dans un corps ». La formule est belle, non ?

On pense parfois à Céline , écrivain au sujet duquel , le même paradoxe se pose : comment un homme aux convictions détestables peut-il être malgré tout un très grand écrivain humaniste ?