L’archipel du chien, Philippe Claudel, 2018 ( Stock)

Il y a des romans qui, à peine refermés, donnent une furieuse envie de s’y replonger .La petite musique des mots, les émotions qu’ils suscitent, la force d’une histoire intemporelle et pourtant d’actualité ( Si!Si ! C’est possible!)tout nous attache à cet archipel dont la noirceur des roches peine à rivaliser avec la noirceur des âmes .

Que dire de plus ? On commence par une balade sur la plage pour finir en cauchemar. Les personnages sont terribles, banals, effrayants de lâcheté ou de cynisme et cependant si humains …

Comme souvent, le plus pur est offert en sacrifice . À quoi ? L’argent, la bêtise, la méchanceté, trilogie infernale à l’efficacité maintes fois démontrée .

Le narrateur revendique de « n’être que la voix . Rien d’autre » . Cette voix n’a pas fini de résonner en nous. Les premières lignes nous harponnent pour ne plus nous lâcher et si le drame des migrants ressassé par l’actualité ne vous a pas touché, peut-être que ce roman le fera, remuant les boues de la bonne conscience qui refuse de voir ce qui se passe à sa porte .

La maison Golden, Salman Rushdie, 2018 ( actes sud)

Drôle de maison que celle qui captive le narrateur de ce récit surprenant !

Nichée au creux des « jardins » d’un Manhattan rêvé par ceux qui ont fui leur pays et leur passé, elle abrite une bien curieuse famille.

Le narrateur, René, se veut cinéaste. Son sujet ? Cette maison et ses habitants. Mais à trop s’approcher des secrets, on en fait inévitablement partie.

La galerie des personnages dépeints ici est riche en fantaisie mais aussi en justesse. De la vamp arriviste russe au dandy, de ceux qui fréquentent les endroits chics au vagabond illuminé qui erre dans les rues, c’est tout un résumé des États-Unis actuels qui s’invite dans ces pages. Les références cinématographiques, nombreuses, mettent notre imaginaire à contribution et convoquent les silhouettes des plus grands acteurs, actrices et réalisateurs. De Coppola père à Godart, personne n’est laissé sur la touche et la lecture donne envie de se replonger dans bien des films !

Histoires multiples, facettes qui éclatent en d’autres facettes encore, la lange est riche et les références culturelles nombreuses, un plaisir pour le lecteur, une invitation à la réflexion qui n’oublie jamais l’art du conteur.