En nous beaucoup d’hommes respirent,Marie-Aude Murail, 2018 ( éditions l’Iconoclaste)

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Encore une autobiographie?

Oui…et non.

On ne compte plus le nombre des auteurs qui,l’âge se faisant plus ou moins avancé, se plongent dans leurs souvenirs d’enfance et partagent avec nous ce qu’ils pensent avoir été .

Marie-Aude Murail n’échappe pas aux règles du genre. Sans innover totalement à la manière d’une géniale Nathalie Sarraute, elle tricote son histoire à partir d’une malle aux trésors familiaux léguée par sa mère. Une chance, dans la famille, tout le monde écrit, poétise, dramatise. On fait ainsi la connaissance du couple mythique des grands-parents amoureux mais aussi de leurs propres parents, des secrets dits ou devinés, le tout sur fond de guerre des années 1850-1960 à aujourd’hui. Les photographies donnent vie aux personnages du roman familial et il semble y avoir beaucoup d’honnêteté dans les considérations de l’auteur sur sa condition d’écrivain, ses hésitations, ses rêveries, sa sidération parfois quand, par exemple, elle découvre les réalités du devoir conjugal.

Chez les Murail, on s’écrit beaucoup, un peu comme s’il fallait la magie des mots pour que le réel prenne forme, c’est donc à travers les lettres , cartes et autres vestiges du passé qu’on nous invite au voyage. L’auteur aime aussi ce qu’elle appelle «  la culture des enfants » tout en étant parfois effrayée par les marmots et leur « violence inouïe » . Elle n’est pas écrivain par hasard et a choisi son public une fois pour toutes.

Alors les inconditionnels de Marie-Aude Murail découvriront avec plaisir ce qui a construit la femme de lettres,les autres se laisseront prendre au charme d’une histoire riche en rebondissements, fruit du hasard comme tant d’autres histoires mais imagée, documentée et , qui sait, peut-être auront-ils envie de découvrir Simple ou oh Boy !* Si ce  n’est déjà fait ?

La littérature jeunesse échappe aux étiquettes qu’on s’obstine à lui coller et se lit à tout âge !

*titres de romans publiés par l’auteur

L’Hiver du mécontentement, Thomas B. Reverdy, 2018

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L’Hiver du mécontentement est un curieux roman qui commence comme un envol, celui de Candice sur son vélo de messagère, celui d’une jeune fille de 20 ans dans le Londres de 1978 , Londres juste avant que Margaret Thatcher n’impose sa politique de « fer ».

Envol plein de promesses : Candice est belle, Candice est libre. Envol risqué en période de crise : comment croire à l’avenir quand le travail se fait rare ?

L’auteur joue à alterner les gros plans sur une actualité déprimante et les considérations de son héroïne sur Richard III, le personnage que la jeune femme doit interpréter sur les planches. Deux conquêtes de pouvoir se font écho à travers le temps, celle du tyran shakespearien faisant écho à celle du ministre torie. Il fallait oser la comparaison !

Le résultat est bluffant, on suit l’ascension de Margaret Thatcher avec le même intérêt que celui qu’on porte aux amours de Candice. L’écriture est précise, sans fioriture, et d’une efficacité impressionnante. Les remarques sur le théâtre et le jeu des acteurs sonnent juste. Un auteur auquel je vais sans aucun doute m’intéresser de plus près, il a écrit huit romans déjà ! Chic ! Pourvu qu’ils m’emportent avec autant de brio !