Dans une coque de noix,Ian Mc Ewan, 2017

coqueD’accord, le titre surprend quand on regarde l’illustration de couverture où l’on découvre…un œuf là où on penserait à une aventure maritime!

Mais le choix apparaît judicieux à la lecture et s’explique par le sujet de ce roman, sujet pour le moins réjouissant. Imaginez Hamlet avant Shakespeare, avant même la naissance du héros qui pourtant est le narrateur de l’intrigue que l’on connaît tous.

La reine est rebaptisée Trudy, le père John mais l’affreux Claude garde son patronyme et son ignominie.

Sur le point de naître, le futur bébé-narrateur suit les aléas du complot fratricide, les ébats du couple adultère et on se surprend à espérer un autre dénouement que celui, funeste, pour lequel avait opté le dramaturge anglais.

L’époque est contemporaine et pourtant le déroulement temporel permet à l’enfant à naître des réflexions sur notre monde et ce qu’il devient :

«  Les neuf milliards de héros échapperont-ils de justesse à un conflit nucléaire? Pensez-y comme à un sport de combat. Alignez les équipes. L’Inde contre le Pakistan, L’Iran contre l’Arabie saoudite, Israël contre l’Iran, les États-Unis contre la Chine, la Russie contre les États-Unis et l’OTAN, la Corée du Nord contre le reste du Monde »

Suspens…

Les doris sont de sortie!

Ça y est! Le soleil brille et les doris sont de sortie.

Les quoi? Non, ce n’est pas une espèce d’insecte ou de poisson exotique, lisez le Chasse-Marée, traînez sur les ports et pontons de Bretagne ou d’ailleurs, renseignez-vous quoi! Et vous saurez que ce sont des bateaux qu’on utilisait pour la pêche à la morue, entre autres.

Ici, on en voit de toutes les couleurs alors quand ils se dorent sur la grève, c’est l’heure de la pose-photo, et comme ils ne sont pas doués pour les selfies, je me permets de leur donner un coup de pouce!

en jaune, fin mai2018doris 016fin mai2018doris 019

en vert,fin mai2018doris 006

en version arc-en ciel devant les salines :

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Ils sont prêts!fin mai2018doris 012fin mai2018doris 014fin mai2018doris 018

Chaque cabestan a trouvé doris à son bout:fin mai2018doris 015fin mai2018doris 017

Alors, prêts pour un petit tour à l’île aux Marins?fin mai2018doris 020.JPG

 

Par les rafales, Valentine Imhof, 2018

rafaleUn roman écrit par quelqu’un qui vit sur l’archipel, forcément, ça donne envie d’aller y voir de plus près, sauf que cette fois, il ne s’agit ni d’un roman familial ni d’un roman historique mais d’un polar.

On connaissait La morue voit rouge de Sandrine Pautard dont l’intrigue se situait à l ‘île aux marins dans le contexte de la grande pêche. Ici, l’archipel n’apparaît qu’à l’approche du dénouement, presque par ricochet et on se est le plus souvent dans un univers urbain contemporain assez sordide de la Belgique à la Lorraine en passant ( sans sabots!) par les Shetland d’Écosse, les bayous de la Louisiane et le Canada.

On y suit Alex, jeune femme marquée dans tous les sens du terme, tueuse ou victime, on hésite.

L’intrigue est fort bien menée mais cette plongée vers les confins de la folie m’a un peu laissée sur la touche dans la mesure où je n’ai pas réussi à m’attacher à l’héroïne par manque d’empathie, un peu comme s’il manquait ce je ne sais quoi qui fait vibrer le lecteur à l’unisson du héros. Le personnage le plus attachant se fait débarquer d’une pichenette désinvolte et nous laisse orphelins, sans attache affective. Il y a aussi une enquêtrice perdue dans le sous-sol de son commissariat mais là encore difficile de se passionner pour ses états d’âme et c’est dommage.

Lecture mitigée par conséquent, à tenter pour se faire sa propre opinion et pour les références musicales et littéraires qui donnent envie de relire illico Lautréamont!

Un p’tit pont, deux p’tits ponts….

En mai fais ce qu’il te plaît et ce qui plaît ici, à Saint-Pierre, c’est d’aller se balader alors les ponts de mai sont une aubaine devant laquelle il est difficile de faire la fine bouche.

Les uns partent au soleil, chercher sous les tropiques la chaleur qui tarde à s’installer, d’autres vont prendre l’air de Langlade ou Miquelon, ouvrir leurs maisons d’été et voir si le ciel d’en face est plus pur.péninsule de Burin 9-05-2018 047

Et puis il y a ceux qui filent chez les « cousins » terre-neuviens en quête d’espace ou d’icebergs: un voyage à l’étranger, à 24 km de chez soi, avec décalage horaire ( une demi-heure, vous ne pensiez pas cela possible? Eh bien si!) dépaysement linguistique et conduite à la canadienne. Elle est pas belle, la vie sur le caillou?péninsule de Burin 9-05-2018 043

Là-bas, les barbecues sont improbables, sentinelles rouillées de plages de sable fin,péninsule de Burin 9-05-2018 042péninsule de Burin 9-05-2018 046

Les toilettes, tranquilles et pétantes!péninsule de Burin 9-05-2018 026.JPG

Au milieu coule une rivière ( plus d’une en fait, ce n’est pas l’eau qui manque!)péninsule de Burin 9-05-2018 039.JPG

les maisons sont colorées…péninsule de Burin 9-05-2018 075

Les abris d’oiseaux rivalisent d’ingéniosité.péninsule de Burin 9-05-2018 080péninsule de Burin 9-05-2018 079péninsule de Burin 9-05-2018 094péninsule de Burin 9-05-2018 098

Les parcs de jeu ont vue sur mer,péninsule de Burin 9-05-2018 089

et le linge coloré vole au ventpéninsule de Burin 9-05-2018 092

alors que les oursins succombent à la gourmandise des mouettespéninsule de Burin 9-05-2018 106

et que les rochers défient l’homme et le tempspéninsule de Burin 9-05-2018 107

La péninsule de Burin, un bien joli voyage!péninsule de Burin 9-05-2018 050

 

 

La Passe-Miroir, Christelle Dabos, Tomes 1, 2 et 3

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Enthousiasmant!

Les romans de Christelle Dabos, La Passe-Miroir, nous font faire la connaissance d’Ophélie, jeune liseuse originaire d’un monde éclaté en plusieurs familles très particulières qui toutes, vivent sur des îlots flottant au milieu du vide. Promise malgré elle à un homme de la famille du Pôle, elle va se voir contrainte de le suivre dans un univers glacial où intrigues et illusions l’étourdissent,bien loin de son univers douillet d’animiste gardienne de musée.

J’entends d’ici les grincements de dents de ceux qui s’attendent à une intrigue convenue dans laquelle l’ingénue se retrouve infailliblement dans les bras du beau ténébreux. On s’y prépare mais non, l’imagination est reine et seule maître à bord, les pouvoirs des différents clans nous surprennent et nous font dévorer ces romans. Le premier a été couronné du grand prix de l’Imaginaire en 2016 et a gagné le concours du premier Roman en 2013, distinctions amplement méritées.

Les illusions fleurissent au fil des pages et comme l’héroïne, on ne peut, on n’ose plus faire confiance à aucun personnage. La dinguerie des uns, la fourberie des autres se mêlent pour donner naissance aux plus terribles machinations au sein de la vénéneuse « citacielle » ( j’adore le mot-valise!!!)

Trois tomes sont pour le moment en rayon à la bibliothèque de Saint-Pierre, chic!

Le premier est sans doute le plus marquant , le plaisir de la découverte d’un nouvel univers emportant toutes les réticences. Les deux autres se lisent avec plaisir, un peu comme les Harry Potter , le personnage principal étant aussi attachant que l’écharpe animée qui lui sert « d’animal » de compagnie.

Chaque volume nous fait fréquenter une famille particulière et la bonne nouvelle c’est que ce monde étrange en compte 20 alors on a de quoi passer de bons moments de lecture en compagnie d’Ophélie …

Vers la beauté, David Foenkinos, 2018

beautéUn aveu d’abord: je suis une inconditionnelle de cet auteur dont je ne suis pas fichue de prononcer correctement le nom de famille, mon enthousiasme pour ce dernier roman sera donc forcément teinté d’une bonne dose de subjectivité positive. Tant pis! C’est un trop grand plaisir pour que je me prive d’écrire à ce sujet.

J’avais adoré Charlotte qui m’avait donné envie de tout découvrir de Charlotte Salomon, Vers la beauté nous fait faire un tout autre voyage. On y fait la connaissance d’Antoine, personnage éminemment sympathique, professeur empathique, à la dérive on ne sait d’abord pourquoi.

On  lit beaucoup de très belles réflexions sur ce qu’est l’enseignement , ainsi lorsque Antoine aborde une nouvelle rentrée :  » il se sentait investi d’une mission, celle de faire éclore les talents », lorsqu’il corrige ses copies ( la tâche qui , par nature, fait rarement rêver!!) il semble parler à l’oreille de chaque élève, cherchant et souvent trouvant les mots justes pour l’aider à progresser. Bref, vous l’aurez compris, il est le professeur que l’on rêverait d’avoir s’il n’était pas si mal en point au début du roman.

Son histoire va peu à peu se dévoiler, d’abord par petites touches puis par grands chapitres qui nous font remonter le temps, vivre ses amours, ses ruptures et surtout le choc de sa rencontre avec Camille, jeune écorchée de la vie, victime dévorée par un traumatisme que l’on va revivre avec elle.

Il y a beaucoup d’amour dans ce roman, beaucoup d’espoir aussi, l’art peut sauver la vie à moins que le hasard n’en décide autrement. « La beauté apaise » dit Camille, la lecture aussi, même si on s’indigne parfois de la cruauté de certains destins.

Une dernière remarque, les adverbes sont nombreux dans l’écriture de David Foenkinos, de ces adverbes honnis par la prose flaubertienne, mais ce sont ces adverbes indispensables qui me font aussi aimer ce livre car oui, les règles , même édictées par de très grands maîtres, sont faites pour être transgressées et elles le sont ici avec panache!

Souvenirs dormants, Patrick Modiano, 2017

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Modiano, vous connaissez?

Auteur reconnu, c’est pour moi un écueil littéraire sur lequel je reviens régulièrement m’échouer. Non que je lui dénie une écriture de qualité, au contraire, je finis consciencieusement ses romans une fois commencés mais ils distillent toujours en moi une curieuse forme d’ennui, ennui ressenti bien souvent par les personnages.

Alors? S’agit-il d’une étrange forme de contagion par les lettres?

Souvenirs dormants, plus autobiographique que les romans que j’avais lu auparavant, m’a davantage intéressée dans la démarche, récit incomplet de souvenirs qui le sont aussi et qui surgissent un peu au hasard des rues ou des rencontres. On y fait la connaissance forcément partielle de femmes intrigantes et on est même concerné par un assassinat mais là encore pas de suspens et en ce qui me concerne, peu d’émotion. La fin s’arrête sur des questions, des non-dits qui me laissent frustrée.

Nouveau rendez-vous manqué donc, du moins pour moi, mais je ne désespère pas!