Les sept sœurs, Lucinda Riley

soeurs7 Sœurs, 7 romans annoncés.

Je ne suis pas trop fan de romance mais j’avoue avoir suivi avec plaisir les héroïnes . Trois des romans sont actuellement sagement rangés sur les rayons de ma bibliothèque municipale préférée , les autres n’y sont pas encore mais certains n’ayant pas encore été écrits ou traduits en français, normal!

La bonne nouvelle c’est que chacun des volumes de cette série peut se lire indépendamment des autres . Le premier: Maïa, commence avec la mort d’un père pour le moins original. Milliardaire suisse, il a adopté six filles aux quatre coins du monde et les a fait grandir sur l’île idyllique d’Atlantis, petit paradis près du lac Léman.

Lorsqu’on annonce son décès, les sœurs dont les prénoms font référence aux sept sœurs de la Pléiade ( révisez votre mythologie!!)se retrouvent pour l’ouverture d’un testament des plus curieux qui va permettre à chacune de choisir ou pas d’aller à la découverte de ses origines.

Chacun des romans débute avec ce passage essentiel de l’intrigue, seul le point de vue change selon la personnalité de l’héroïne. Maïa, la première, va ainsi filer au Brésil où son destin croisera les traces du sculpteur Paul Landowski, artiste dont le Christ rédempteur veille sur Rio.

La deuxième, Ally, ou Alcyone, navigatrice hors pair, va tout perdre puis retrouver goût à la vie en Norvège où son destin croisera celui du compositeur Edward Grieg. La musique est au cœur des péripéties du roman et on vibre au rythme des concertos passés et à venir entre l’histoire troublée du début du XXème siècle et celle, plus contemporaine, du personnage féminin.

La troisième, Astériope dite Star, suivra les traces de son aïeule et rencontrera l’ombre de Béatrix Potter. « Sœur de l’ombre », moins flamboyante que les deux premières héroïnes de la série, elle aussi ira au bout de l’aventure.

Avec la référence à la Pléiade, on attend sept sœurs, or on sait très tôt qu’il manque la dernière: Mérope, mais les romans croisent des pistes que l’on a envie de suivre, ne serait ce que pour savoir si on devine la suite.

Ces romans ne sont peut-être pas destinés à laisser un souvenir impérissable mais se lisent avec plaisir. Happy end garanti, du moins je le suppose, les derniers n’étant pas écrits . Les aller-retours entre présent et passé sont instructifs .

Il y a des clichés, et alors? Après tout les stéréotypes ont cela de rassurant qu’ils nous déçoivent rarement et tant pis si on se laisse mener par le bout du nez, les histoires sont ficelées avec art. Bref, pourquoi pas une lecture pour cet été?

Avril à la croisée des saisons

Si la Métropole affiche des températures estivales en ce mois d’avril, on ne peut pas vraiment dire que ce soit le cas sur l’Archipel quoique, certains détails ne trompent pas, c’est sûr , les beaux jours préparent leur arrivée et ce n’est pas parce qu’ils ne semblent pas pressés qu’ils n’y mettent pas toute leur énergie!

Alors, on est bien d’accord, l’herbe est encore cristalline,12avril2018 02912avril2018 03312avril2018 035

et les rochers glissants.23-04-2018 022

Les étangs peinent à se séparer de leurs décorations hivernales12avril2018 047

et l’herbe est encore un peu terne23-04-2018 006

Mais en dessous, ça pousse, ça verdit, ça grandit…23-04-2018 01523-04-2018 029

Les bois morts surveillent les petits jeunes du bout de leurs rameaux défunts23-04-2018 00912avril2018 068

lichen et glace s’observent…23-04-2018 01123-04-2018 01323-04-2018 020

sous le regard du bel oiseau blanc, oiseau star de l’archipel.Harfang_avril_2018 017Harfang_avril_2018 020

Alors, il n’est pas superbe, ce mois d’avril?23-04-2018 025

Les loyautés, Delphine de Vigan, 2018

loyautéJoli titre, jolis mots et noble concept que celui évoqué par le dernier roman de Delphine de Vigan.
De loyauté il sera en effet souvent question sans que le mot même ne soit écrit, peut-être parce qu’il est souvent d’abord question d’amour .
Le premier amour, c’est celui que l’enfant éprouve pour ses parents, inconditionnel, sans jugement, alors quand les parents font défaut, l’enfant reste loyal malgré tout, envers et contre tout et tous, au risque de se mettre en danger. Aucun appel au secours n’est possible, par loyauté justement parce que reconnaître avoir besoin d’aide est déjà trahir. Et pourtant , cet appel impossible à formuler est celui qui va toucher Hélène en plein cœur parce qu’elle aussi a vécu cet enfer, parce qu’elle est une enseignante attentive, bienveillante, parce qu’elle sait sans pouvoir le prouver que le jeune Théo est en danger.
Les chapitres nous font naviguer d’Hélène à Théo, de Théo à Mathis, son meilleur ami, de Mathis à Cécile, sa mère, et ces quatre points de vue racontent chacun leur histoire, terrible et tue par chacune de ces « loyautés » qui emprisonnent et conduisent à une forme de lâcheté.
Le roman est passionnant et nous pousse à la réflexion. Que connait-on de ceux qu’on aime? de ceux avec qui on vit? Le silence peut-il protéger ou au contraire enferme-t-il dans le mensonge?
Ce sont quelques unes des questions que l’on se pose ici, à chacun d’y trouver sa réponse et de vivre avec. On ne peut jamais tout dire mais quand c’est l’essentiel qu’on ne dit pas, rien ne va plus…

Sauveur et fils, saison 4, Marie-Aude Murail, 2018

sauveurDes hamsters, des écrans, des soucis et beaucoup, beaucoup de patience et d’écoute, on trouve tout cela chez notre Sauveur de la 4ème saison. Le tout saupoudré de poussière de zombie, d’amourettes adolescentes et bien sûr de séances chez le psy .

Les hamsters ont pris du poil de la bête si l’on peut dire et voient l’arrivée de cousins plus encombrants, Sauveur apprivoise la fille de celle qu’il aime, bref, la rue des Murlins est à nouveau le théâtre de multiples intrigues familiales ou professionnelles, la ville d’Orléans multipliant les croisements et les coïncidences qui mettent au supplice notre psychologue préféré, contraint au secret professionnel!

Le talent de Marie-Aude Murail permet une fois des plus d’aborder avec humour et légèreté les sujets les plus austères, qu’il s’agisse de schizophrénie ou de maraboutage à l’antillaise. Et si vous voulez tout savoir sur les hikikomori (???), japonais ou autres, pas d’hésitation, foncez!

J’ai toujours aimé la nuit, Patrick Chamoiseau, 2017

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Nuit noire, très noire que celle de la Martinique telle qu’elle est décrite dans ce roman, plus noire même que l’illustration de couverture, duo en noir et or qui fait penser aux images d’Épinal par le jeu de double lecture que l’œil fait de la lune.

C’est une nuit de vendredi 13 qui évoque les cercles de l’Enfer de Dante,une nuit où le Bien et le Mal apparaissent comme les deux faces d’une même pièce, bousculant le confort du manichéisme ordinaire. On est bien loin des Antilles de carte postale où les cocotiers se mirent dans les eaux turquoises de la Caraïbe.

Face à face entre un tueur et un flic, la nuit s’étire avec les confidences de l’un et les révélations qui bouleversent l’autre. Deux hommes des deux côtés de la loi et pourtant si semblables dans leurs doutes et leurs colères, deux amoureux d’un pays qui se perd, spectateurs impuissants des errances de jeunes sans repère.

L’horreur est présente mais les descriptions jouent l’élision, l’imagination du lecteur jouant parfaitement son rôle. L’écriture est élégante et efficace, jonglant entre recette de ti punch ( une religion!) et fricassée de supplicié. Le tueur est lettré, il émaille ses confessions de citations latines et d’extraits poétiques choisis, de Césaire à Saint-John Perse, tout en bichonnant pic à glace et autres objets contondants des plus originaux. Le mélange est parfaitement dosé: un pincée de musique créole, une bonne rasade de références bibliques, des crimes, de la politesse, de la superstition…à vous de deviner le reste!

Le secret de Ji, T 1 et 2, Pierre Grimbert

Quand un écrivain de talent se consacre à la fantasy, le résultat est palpitant. Qu’on soit acro ou pas à ce genre littéraire, difficile de résister à l’envie de tourner les pages de cette série tant les aventures du jeune Yan sont prenantes. De son village isolé aux grandes cités des royaumes de ce monde imaginaire, il va en effet nous mener au combat, découvrir l’amour, l’amitié et les créatures les plus surprenantes, échappant à la mort à de multiples reprises. Alors, roman initiatique réservé aux ados?

Oui si on ne lit qu’ « utile » ( mais est-on alors un liseur?), non bien sûr si on lit avant tout pour le plaisir.

Les autres personnages sont d’ailleurs tout aussi intéressants, qu’il s’agisse de Léti dont il rêve de faire sa promise, du géant qui parle aux mammifères, de la sage Mère du matriarcat de Kaul ou du guerrier farouche qui se bat à leurs côtés. L’énumération est lacunaire bien sûr, il faut bien laisser quelques surprises à celui ou celle qui s’embarquera dans la lecture de ces aventures. Le voyage en vaut la peine en tout cas!

Fanatisme, goût du pouvoir, de l’argent, les ressorts de l’humanité sont tous convoqués dans une quête dont les épisodes font parfois penser au Seigneur des anneaux. Là aussi, une communauté se crée, solide et fidèle malgré les différences des uns et des autres, là aussi les héros partiront affronter de multiples dangers, se séparant parfois, se retrouvant et se soutenant toujours.

Les réflexions sur la foi et la religion , bien loin d’être fantaisistes,semblent trouver un écho très contemporain dans l’actualité de notre quotidien.

Pour conclure,l’auteur a su renouveler le schéma narratif avec brio et s’il y a de la magie dans l’air, celle de l’écriture n’est pas la moins efficace!

Avant/Après

Avant/Après….

Vous connaissez le principe? C’est le même qui vous fait croire, en vrac et au choix:

  • que le printemps vous aura relooké et allégé de 20 kg en deux mois
  • que la pilule Trucmusclor vous donnera les tablettes de chocolat de Schwarzie le temps d’un battement de cil
  • ou que l’engrais magicflor transformera les trois brins d’herbe rabougris de votre balcon en jardin d’Éden avant la faute.

Ici, le concept est plus subtil, du moins en ce qui concerne les innovations les plus visibles de l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon. En effet, on a droit non pas à un « avant/après » booster de mémoire et terreau propice à la nostalgie, mais plutôt à un « deux en un » où on peut comparer de visu les avancées radieuses du progrès.

Ainsi on a deux centrales électriques sur le même site: la jeune, toute rutilante et fière de ses chromes,

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et la vieille, profil bas, qui tente tant bien que mal d’exister en pointant vers le ciel le rouge un peu fané de ses cheminées désormais condamnées à l’oisiveté.

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Un peu plus haut, ce sont les cuves à pétrole qui jouent la même partition. Devant: les rouillées, derrière: les petites nouvelles.( zut! c’est le contraire!)début mars2018 013 Une exception cependant, ce bon vieux « frigo » qui dresse toujours sa masse grise face au quai qui accueille les gros paquebots, gardien de la mémoire d’une époque révolue.24nov2017 02124nov2017 022

Alors, une question me titille l’imagination. Quand les nouveaux ferries prendront un jour leur fonction, verra-t-on ce bon vieux Cabestan amarré entre ses deux collègues?

Probablement pas, le destin des bateaux étant de naviguer vers d’autres eaux….