beautéLa beauté des jours …et des êtres sans qui les jours sont sans saveur.

Lire ce roman à Saint-Pierre et Miquelon demande un examen attentif de la météo du jour. En effet, ce n’est pas tout à fait le genre de lecture qui réconforte en cas de grisaille ou de pluie et pourtant, son charme se dévoile peu à peu. Les phrases brèves, simples, les petits riens: une porte qui claque, un macaron savouré les yeux fermés, les mains d’inconnus et même les fleurs de purin, tout cela nous rappelle forcément quelque chose de notre propre vie.

Le nouveau roman de Claudie Gallay peut d’abord sembler déroutant par son sujet, si ordinaire, si évident. Une femme, sa vie, les petites choses qui font son quotidien, ses hésitations, ses rêves. Elle s’appelle Jeanne comme l’héroïne de Maupassant dans Une vie. Vous savez? Cette romantique jeune femme qui échoue lamentablement à force de naïveté. On est certes loin de la cruauté de certains des passages de ce classique des programmes scolaires mais les paysans de Claudie Gallay sont aussi rudes et on pourrait y voir un clin d’œil au maître des désillusions.

La Jeanne de notre contemporaine est donc elle aussi naïve mais issue d’un tout autre milieu que l’aristocrate de Maupassant. Terrienne, elle a ses racines dans la ferme des parents, univers rude où l’on parle peu, où on aime à peine ou alors sous couvert d’étrangeté, de folie comme la M’mé ou Zoé, petite pas comme les autres qu’on laisse divaguer à la façon des innocents de village.

Pas de misérabilisme dans les descriptions de la ferme quittée pour la ville et une vie paisible et c’est d’autant plus efficace. Choyée par son mari, Jeanne vit son quotidien rythmé par la routine d’actes ordinaires. Rien d’exaltant donc sauf qu’elle se passionne pour une artiste qui semble tout son contraire: Marina Abramovic dont la photo page seize rappelle au lecteur l’existence bien réelle. De cette artiste, elle aime la passion de l’absolu, l’intégrité, la folie aussi car Jeanne est double. elle a choisi la sécurité du banal mais rêve de hasard,de risque et de belles rencontres. C’est ce que raconte ce roman sans détour, sans mièvrerie. Et si le bonheur était d’abord un renoncement? Cela serait-il si grave?

Suzanne, l’amie de Jeanne lui donne un conseil à la fin du roman « Faut emmagasiner. Toutes les choses belles » tant pis si ces choses sont banales, elles peuvent faire le bonheur d’une existence.

Le conseil demande réflexion et la réflexion, justement, c’est ce à quoi nous pousse l’auteur.

Un roman qui nous suit, qui chemine encore bien après la lecture des dernières pages.

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