La beauté des jours, Claudie Gallay, 2017

beautéLa beauté des jours …et des êtres sans qui les jours sont sans saveur.

Lire ce roman à Saint-Pierre et Miquelon demande un examen attentif de la météo du jour. En effet, ce n’est pas tout à fait le genre de lecture qui réconforte en cas de grisaille ou de pluie et pourtant, son charme se dévoile peu à peu. Les phrases brèves, simples, les petits riens: une porte qui claque, un macaron savouré les yeux fermés, les mains d’inconnus et même les fleurs de purin, tout cela nous rappelle forcément quelque chose de notre propre vie.

Le nouveau roman de Claudie Gallay peut d’abord sembler déroutant par son sujet, si ordinaire, si évident. Une femme, sa vie, les petites choses qui font son quotidien, ses hésitations, ses rêves. Elle s’appelle Jeanne comme l’héroïne de Maupassant dans Une vie. Vous savez? Cette romantique jeune femme qui échoue lamentablement à force de naïveté. On est certes loin de la cruauté de certains des passages de ce classique des programmes scolaires mais les paysans de Claudie Gallay sont aussi rudes et on pourrait y voir un clin d’œil au maître des désillusions.

La Jeanne de notre contemporaine est donc elle aussi naïve mais issue d’un tout autre milieu que l’aristocrate de Maupassant. Terrienne, elle a ses racines dans la ferme des parents, univers rude où l’on parle peu, où on aime à peine ou alors sous couvert d’étrangeté, de folie comme la M’mé ou Zoé, petite pas comme les autres qu’on laisse divaguer à la façon des innocents de village.

Pas de misérabilisme dans les descriptions de la ferme quittée pour la ville et une vie paisible et c’est d’autant plus efficace. Choyée par son mari, Jeanne vit son quotidien rythmé par la routine d’actes ordinaires. Rien d’exaltant donc sauf qu’elle se passionne pour une artiste qui semble tout son contraire: Marina Abramovic dont la photo page seize rappelle au lecteur l’existence bien réelle. De cette artiste, elle aime la passion de l’absolu, l’intégrité, la folie aussi car Jeanne est double. elle a choisi la sécurité du banal mais rêve de hasard,de risque et de belles rencontres. C’est ce que raconte ce roman sans détour, sans mièvrerie. Et si le bonheur était d’abord un renoncement? Cela serait-il si grave?

Suzanne, l’amie de Jeanne lui donne un conseil à la fin du roman « Faut emmagasiner. Toutes les choses belles » tant pis si ces choses sont banales, elles peuvent faire le bonheur d’une existence.

Le conseil demande réflexion et la réflexion, justement, c’est ce à quoi nous pousse l’auteur.

Un roman qui nous suit, qui chemine encore bien après la lecture des dernières pages.

Trois baisers

baisers

Connaissez-vous Joséphine? Si vous êtes un familier des personnages de Katherine Pancol, ce seul prénom suffit à convoquer toute une tribu de femmes formidablement attachantes. Pestes, saintes, victimes, battantes, sentimentales, inhumaines, elles sont tout cela et plus encore. On retrouve dans Trois baisers la famille Cortès et Valenti ainsi que tous ceux qui gravitent autour d’eux: les amis…et les autres, plus inquiétants. Si vous découvrez cet auteur, deux solutions: soit vous foncez à la médiathèque ou à la librairie pour reprendre la saga à ses tout débuts, Les yeux jaunes des crocodiles,( 2006) et dans la foulée, les tortues, les écureuils et les Muchachas* ( là c’est un peu codé mais regardez l’astérisque en fin d’article et tout s’éclairera), soit vous vous laissez porter par l’histoire et vous verrez qu’après quelques errances quant aux liens familiaux pas toujours évidents qui unissent les personnages, on s’y sent comme chez soi et on suit avec plaisir les aventures des uns et des autres. Les femmes ont le premier rôle, pas toujours beau d’ailleurs, mais tant qu’à s’offrir un bon moment, autant y aller carrément. Plus de huit cent pages quand même mais qui se lisent d’une traite! Le roman n’est peut-être pas inoubliable ( chic! On pourra le relire!) mais les caractères qu’il dessine sont une gourmandise qui fait du bien quand l’hiver s’installe. À déguster en ne boudant pas son plaisir; c’est mieux qu’un antidépresseur! On n’apprendra rien de révolutionnaire mais on aura passé un très bon moment. Il y a de la magie dans les baisers, c’est une bonne nouvelle, non? Et en plus ça fonctionne pour tout le monde, quelque soit l’âge ou le sexe. Et vous? Qui allez vous préférer dans la famille Cortès?
* La valse lente des tortues, 2008
Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi, 2010
Muchachas, 1, 2 et 3, 2014

Troisième personne, Valérie Mréjen, 2017

persLa troisième personne, c’est « lui », enfin « elle » puisque le bébé est une fille.

Les phrases, souvent brèves, suivent le parcours de la nouvelle maman de la chambre d’hôpital au foyer désormais réinventé par la présence du petit bout de femme. De ce bébé, on ne connaîtra ni le nom ni les pensées puisque tout est vu du côté des parents, adultes confrontés à un changement radical de tout ce qui faisait leur vie de quarantenaires bien installés dans leur quartier parisien.

De la sortie de la maternité aux premières colères, de l’émerveillement à la consternation, toute la palette des incohérences de l’amour parental sont recensées, notées avec précision. Ceux qui ont déjà fait l’expérience de la parentalité se reconnaîtront souvent dans les situations décrites, pour les autres…suivez le guide!

Un roman qui se lit comme on feuillette un album de souvenirs ou un guide, les émotions en plus.

À offrir à la maternité?

La brocante Nakano, Kawakami Hiromi,2009

brocante

Pour bien commencer l’année, dépaysement culturel garanti avec ce roman japonais trouvé sur les étagères de la bibliothèque de Saint Pierre, dépaysement qui tient d’ailleurs plus à la description des comportements qu’aux décors !

Délicatesse, souci des convenances, extrême importance de la politesse, les vertus nippones prennent ici tout leur sens mais on retrouve aussi dans ces pages les intemporelles hésitations du cœur. Celles des jeunes filles comme Hitomi, employée de la fameuse brocante et  celles de leurs aînés, qu’ils soient masculins à l’image de Nakano, propriétaire de la boutique, ou féminins comme Nasayo, sœur de celui-ci.

Les objets vont et viennent, parfois lestés de l’histoire de leur propriétaire.La sensualité se niche aux endroits les plus improbables,dans la courbe d’une coupe, l’esquisse d’un corps, les poupées fabriquées par Masayo.

Ce roman  n’est certes pas une épopée ou alors l’épopée des petits bonheurs et malheurs de l’existence. Si le titre n’avait été pris, il aurait pu s’appeler « La délicatesse » tant l’écriture et l’histoire sont légères. Les intrigues amoureuses se croisent, se tissent ou se défont au gré des hasards et des hésitations sentimentales. La vie, quoi!

Et les flocons sont appelés « fleurs de vent », poétique, non?

La fille d’avant, J.P Delanay, 2017

la fille

La fille d’avant: Emma
La fille d’aujourd’hui: Jane
Entre les deux, un homme, architecte de renom, et surtout un appartement: le one Folgate Street, curieuse habitation aux règles strictes et au passé tragique. Pour y vivre, un questionnaire à remplir, questionnaire qui égrène ses items entre les chapitres comme le Petit Poucet du conte ses miettes de pain.
Le parti pris narratif est celui d’un chant, contre-chant, celui des héroïnes, on a donc deux filles, deux histoires. La ressemblance physique entre elles est troublante mais leurs personnalités divergent et vont réserver bien des surprises au lecteur. L’auteur joue à multiplier les pistes, il ne choisit pas ma préférée pour son dénouement mais le roman se lit d’une traite et nous oblige à réfléchir. Nous construisons, choisissons, décorons nos maisons. Que disent nos choix de ce nous voulons être? Un bâtiment peut-il transformer celui qui y vit? Sans aller jusqu’à la folie du mémorable Locataire de Polanski, ( film de 1976) , certains passages sont troublants…