ulysseUne fois n’est pas coutume, je vais commencer par la fin, plus précisément par l’épilogue:

«  Romancier de mon microscopique archipel, je ne perds pas de vue que mes personnages sont aussi (parfois) mes lecteurs. »

Au risque de plagier très respectueusement l’auteur, j’ajouterai que lire Eugène Nicole à Saint-Pierre est une expérience tout aussi singulière que celle dont il parle.

En effet, à ce qu’on lit ce superpose ce qu’on sait, ce qu’on a entendu ou cru, et les lieux parcourus par le narrateur sont comme les palimpsestes des lieux disparus. Ainsi, la maison natale de l’auteur renaît sous le Cochonnet Saint-Pierrais, pied de nez à ceux qui n’ont pas su ou pas voulu en faire un lieu de mémoire.

L’Ulysse évoqué par le titre est celui de Joyce mais c’est le sonnet de Du Bellay qui me trottait dans la tête à la lecture du roman d’Eugène Nicole, « Heureux qui comme Ulysse.. »

Des voyages, le narrateur en a fait , poète parfois désabusé qui sans cesse renoue les fils de son passé et ceux d’un présent qu’il ne reconnaît pas toujours. Quand il évoque la destruction des vieux bâtiments de la ville, on ne peut s’empêcher de penser que cette année encore, il y a quelques mois, l’un d’eux disparaissait sous les coups des pelleteuses.

L’écriture a l’élégance proustienne de l’amoureux des mots et s’il déplore le côté « Clochemerle » de son caillou, écueil difficile à éviter, c’est toujours avec la bienveillance de celui qui, parce qu’il est d’ici, réécrit la mythologie de son archipel autant à travers la tradition orale qu’à travers sa mémoire et la réalité plus prosaïque de l’Histoire.

Lire Eugène Nicole, c’est s’approcher de ce que vivre ici peut vouloir dire pour ceux qui y sont nés, c’est retrouver le nom des rues d’avant, c’est distinguer derrière les lignes de l’écriture la silhouette de l’écrivain qui toujours revient arpenter la montagne et les rivages de ce petit bout de terre battu par les vents.

2 réflexions sur “Retour d’Ulysse à Saint-Pierre, Eugène Nicole, 2017

  1. « s’approcher de ce que vivre ici peut vouloir dire pour ceux qui y sont nés » : c’est , en effet, ce qui a guidé toute l’écriture de L’oeuvre des mers, ».
    Merci à l’auteur de ces lignes.
    Eugène Nicole

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