La fin des temps, Haruki Murakami, 1985

finDeux récits à la première personne. Deux mondes: celui des “Merveilles sans merci” et celui de la fin du monde.
La référence à Léwis Caroll donne le ton, un des personnages le dit d’ailleurs clairement “ c’est comme dans Alice au pays des Merveilles, pour plonger dedans, il faut absolument un breuvage spécial”.
Notre potion magique, à nous lecteur, se résume aux titres de chapitres, un , deux ou trois intitulés rattachés à l’un ou l’autre des deux mondes et balisant l’histoire un peu à la façon des récits picaresques du XVIIIème siècle.
De quoi s’agit-il?
Au pays des Merveilles, le narrateur, divorcé, informaticien programmateur d’un genre un peu particulier, est chargé par un vieux savant original de brouiller une programme selon une méthode inventée par ledit savant. Il va pour cela devoir se rendre dans un laboratoire caché dans les profondeurs du centre de Tokyo, affronter de mystérieuses créatures souterraines et lutter pour sa survie au sein même de l’entreprise pour laquelle il travaille. À cela s’ajoutent de très jolies jeunes femmes, des crânes de licorne et beaucoup de verres de whisky .

Le narrateur de la fin du monde, lui , ressemble comme un frère à ce personnage chahuté par le récit du pays des merveilles, à ceci près que les licornes de son monde sont bien réelles et qu’il ne rencontre leurs crânes qu’après leur mort. C’est même sa tâche principale: lire les crânes et les vieux rêves dont ils sont dépositaires. Par quelle magie? C’est ce que l’histoire nous fera découvrir.
Qu’est ce qui fait qu’une vie vaut la peine d’être vécue? Qu’est-ce qu’une âme? Un cœur?Autant de questions qui sont posées sans pour autant proposer de réponse. Finalement, ce roman parfois déroutant m’a fait penser à un film de Philip Meyer, Le passeur, que je venais juste de découvrir. C’est un peu le même sujet même si Murakami l’emporte haut la main sur le terrain des explications scientifiques et des ambiances étranges.
Une plongée à travers le miroir pleine d’attraits qui vous fera regarder votre ombre d’un autre œil!

Qui est tenté par un partage littéraire ?!

LE BOUQUIN IVRE

Bonsoir à tous!

Fraîchement arrivée sur la blogosphère, une idée m’est venue durant l’après-midi (au boulot..oups!), mais peut-être que celle-ci a déjà été émise par d’autres personnes. Merci de m’en faire part, si tel est le cas 🙂.

Nous échangeons pour certains par l’intermédiaire de commentaires ou par des like.
À l’heure où fleurissent multiples colis littéraires offrant découvertes variées, je propose à ceux qui le souhaitent d’apprendre à nous connaître davantage!
Pour cela, il s’agirait de s’inscrire, puis un tirage au sort déterminerait le duo qui s’échangerait un bouquin ( par colis ou uniquement par conseil mail ?).

Afin de créer un peu de suspens et d’intérêt, le binôme littéraire aurait 5 questions à s’échanger qui permettraient d’orienter leur choix en terme de bouquins!

Par exemple:
1. Style littéraire privilégié ?
2. Dernier coup de cœur:
3. Thématique qui me fait chavirer:
4. J’ai pas osé, mais…
5. La…

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Le jour d’avant de Sorj Chalandon, 2017

jourEn 2013, Sorj Chalandon avait enthousiasmé les lycéens du Goncourt avec le Quatrième mur et je l’avais découvert à cette occasion, magistral dans la relecture d’une Antigone moderne confrontée au conflit israélo-palestinien.

En 2017, c’est un tout autre sujet qu’il aborde. Son héros et narrateur, Michel Flavent, a quitté l’enfance le jour de la mort de son frère.

Enfant du coron, lui n’est pourtant jamais descendu dans la fosse mais de la mine il sait l’essentiel: le quotidien, la peur, la crasse et la fierté du pain gagné mais aussi la malédiction du grisou, la silicose qui tue à coup sûr, en prenant son temps, le sentiment d’injustice.

D’un côté les mineurs qui donnent leur vie, de l’autre les patrons qui la monnayent, rognant sur les dépenses, négligeant la sécurité au nom du profit.

Lorsque sa femme meurt, Michel décide que l’heure des comptes a sonné et que la colère qu’il porte en lui doit être exposée au grand jour .

Les rites de la mine, la fascination et la peur qu’elle suscite rappellent le Germinal de Zola. L’écriture est efficace, poétique quand elle convoque le « tu frères encore » de Jacques Brel, émouvante toujours.

L’histoire captive et déroute. On croit tout savoir et on se trompe, la lecture nous mène par le bout du cœur et on suit le récit avec la conviction de partager un beau moment d’humanité. Pas de manichéisme ici mais un sens de la justesse qui touche.

L’art de la vie tome 2, Chaos sur la toile, Kristin marja Baldursdottir, 2013

Suite et fin de l’esquisse d’un rêve…

Le roman nous fait vivre la vie de Karitas. les enfants ont grandi, la guerre est passée mais vivre est-il pour autant plus facile lorsque tout est donné à l’art?

Le principe de l’alternance des voix narratives est conservé mais les descriptions de tableaux qui entrecoupent le récit  plus classique de l’histoire sont cette fois le fait d’un observateur extérieur que l’on peut imaginer critique spécialisé ou spectateur averti et amateur d’art. Il tente d’interpréter ce qu’il décrit à la lumière de la biographie « officielle » de Karitas et ses explications sont parfois en complet décalage par rapport à ce que vit ou ressent vraiment l’héroïne. Une œuvre d’art est  aussi un espace de liberté pour celui qui la regarde, indépendamment de ce que le peintre a voulu y mettre et on le comprend de manière particulièrement intéressante, voire  amusante.

La condition des femmes est , comme dans le premier tome, décrite au plus juste, l’influence de Simone de Beauvoir, les voyages à Paris, New York, forment l’artiste et dressent un constat sans concession de la rage des femmes entre elles. Doublement captives de la société et du jugement de leurs consœurs, elles mènent une lutte qui donne à réfléchir sur les avancées contemporaines. Les islandaises ont certes voté bien avant nous mais le fardeau familial semble bien lourd à porter dans une île où ils sont si peu et où le regard des autres pèse au quotidien. L’enfermement insulaire n’est pas réduit à une donnée géographique, il marque jusqu’à la façon de penser.

L’art de la vie….tout un combat !art

Dark secrets, Hjorth and Rosenfeld, 2010/2012, T 1,2,3

Dark Secrets 1 :

Polar 100% suédois, ce roman se lit d’une traite et nous fait suivre l’enquête de la police dans le sillage d’un personnage complexe et parfois antipathique: Sébastian Bergman.

Macho, désagréable et peu sensible aux valeurs morales les plus élémentaires, ce profiler mis sur la touche utilise ses propres faiblesses pour traquer la vérité.

Le cadavre d’un adolescent est découvert. Alors que tous cherchent un criminel, Sébastian adopte une autre approche: qui était vraiment la victime?

La police s’active à chercher le coupable mais la solution va s’avérer bien plus complexe que dans la plupart des romans . Les motivations psychologiques ne sont pas faciles à décrypter, les erreurs sont possibles et parfois lourdes de conséquences.

Une lecture prenante qui tient ses promesses : pas de résolution bâclée  mais des personnages fouillés, cohérents et des surprises jusque dans les dernières pages.

Le livre  a été décliné en série TV, cela donne envie d’y jeter un œil, dommage que cela oblige à se mettre au suédois!

Le disciple:

Même équipe ,même décor. On retrouve avec plaisir les tourments de Sébastian, de plus en plus empêtré dans sa solitude et les contradictions inhérentes à son étrange personnalité.

Il a cette fois-ci un adversaire à sa hauteur mais est-il toujours le brillant psychologue d’autrefois? Il connait ses faiblesses, est-il capable de les surmonter pour qu’elles le servent dans la partie mortelle du jeu qu’il a accepté de jouer?

Vainqueur il y a quinze ans, il n’est plus le même homme et pourtant…La crim’ est sur la brèche, les meurtres se succèdent, se rapprochent et l’enquête se suit sans faiblir.

Le tombeau:

On prend les mêmes?

Pas tout à fait . D’abord parce qu’une petite nouvelle rejoint la Crim’, ensuite parce que Sébastian lui-même n’est plus tout à fait aussi antipathique. Quoique…

L’enquête touche cette fois à la politique, aux services secrets et aux magouilles internationales. la justice dans un tel cadre est-elle possible? Un roman plus noir que les précédents mais tout aussi palpitant. Vivement la suite!