Le temps des faisans…

Bientôt l’ouverture de la chasse et déjà les faisans sont lâchés. On peut les voir décoller lourdement à l’approche des marcheurs,enfin, quand je dis l’approche, il est presque possible de leur marcher sur les plumes tant leurs réflexes sont lents! Ils ont l’air étonnés de découvrir la liberté et ils ont intérêt à en profiter vite fait parce que le moins qu’on puisse dire c’est que leurs performances ne laissent pas béat d’admiration.Une fois les fusils en face d’eux, pas sûr que la chasse soit très sportive!
C’est un peu comme si, au lieu d’acheter de la façon la plus banale qui soit, un poulet au rayon volaille de mon supermarché( vous savez, là où les poulets attendent tranquillement de passer à la casserole, nus, les pattes bien rangées et tout et tout), je décidais de m’en faire livrer un vivant, de le mettre au frigo le temps qu’il soit un peu calmé ( refroidi aussi, ça l’habitue…) et de lui ouvrir d’un coup la porte pour le dégommer au petit plomb dès qu’il montre son bec.
Ce serait une manière de mettre du piment dans la préparation du repas dominical. Qui sait? On pourrait ensuite plumer l’animal tout en chantant avec les enfants “Alouette, gentille alouette” ce qui à coup sûr ferait naître chez eux une vocation musicale ou militante version Greenpeace.
Ceci étant, si le volatile sus-nommé ressemble à un petit dindon, il semble également en avoir le peu de jugeote, preuve à l’appui:celui que j’ai croisé ce matin est resté à un mètre de moi, visiblement convaincu de son invisibilité, il a fini par décoller avant la rencontre du troisième type mais tout juste. Alors? Vous le trouvez sur la photo? Plus fort que l’autruche…le faisan de Saint-Pierre , mais peut-être que, venant du Canada, c’est juste pour lui un problème de traduction, il n’a pas tout compris et se demande où il a atterri…septembre2017 033

L’esquisse d’un rêve,Kristin Marja Baldursdottir, 2004

esquisse

Encore un auteur venu du nord, encore un auteur dont le nom ne va pas être facile à retenir…

Si vous avez envie d’une virée en Islande, ce roman est pourtant le compagnon tout désigné pour une escapade exotique.

Karitas, l’héroïne, naît dans le nord ouest et va parcourir son pays après un séjour à Copenhague où elle étudie l’art. Sa mère, veuve, s’est promis de permettre à ses enfants de faire des études ce qui en 1915 relève du défi, en particulier pour les filles!

Son obstination aura raison de tous les obstacles. La pauvreté, les préjugés, la rigueur du climat ne pourront l’arrêter. Armée de ses aiguilles à tricoter et de son courage, elle surmontera tout mais est-ce suffisant pour offrir le bonheur à tous?

Les relations entre sœurs sont loin d’être simples, les amours, les envies diffèrent et créent parfois des jalousies lourdes de conséquences. Karitas a promis de tout donner à l’art mais la vie la rattrape et l’issue de la lutte qu’elle a choisi d’engager est loin d’être évidente à gagner.

Les chapitres alternent narration classique et description de dessin ou de tableau. Dans ce dernier cas, le procédé est précis, presque ritualisé, à chaque fois un titre( ou l’absence d’un titre), une date et l’évocation d’une scène très picturale à laquelle sont associés un souvenir, des sentiments, des sensations.

On a l’impression de voir l’image naître sous nos yeux:

«  Les tabliers de ma mère.

Trois grands tabliers, blancs et solides.

Les plastrons pendent la tête en bas, les rubans que l’on noue à la taille se bagarrent avec frénésie.

Ma mère apparaît alors sur le perron. »

Les esquisses deviennent dessins puis tableaux, assemblages, collages. L’artiste évolue vers une représentation de plus en plus personnelle et c’est passionnant, un peu comme si l’on était caché dans un coin de l’atelier, à essayer de comprendre l’étrange alchimie qui donne naissance aux œuvres d’art.

Alors? Prêts pour le voyage? Je ne résiste pas à la tentation de citer l’incipit du deuxième chapitre, prémisse au dessin des tabliers maternels qui suivra bien plus loin dans le roman:

«  La corde à linge chanta dans l’air glacé lorsque les sœurs la touchèrent, les tabliers qu’elles y avaient étendus à sécher s’étaient battus les uns contre les autres, dans le froid, ils s’étaient entortillés et raidis par le gel! »

Dépaysant? Non?