captive

Criminelle, folle, débauchée, machiavélique ou simplette, les qualificatifs associés à l’héroïne de ce roman ne manquent pas. En effet, Grace Marks porte bien son prénom et à plus d’un titre: son charme ne laisse pas indifférent et le lecteur ne demande qu’à la gracier de tout péché, sauf que l’histoire de cette très jeune fille est parfois troublante.

Le changement des voix narratives entretient le mystère. Lorsque Grace raconte ce qui lui est arrivé, la voix semble sincère, mélange d’humilité face aux desseins divins et de rébellion contre la misère. C’est une tout autre chanson lorsqu’on lit les compte-rendus de son procès alors, dit-elle la vérité? La connait-elle seulement?

Elle avoue elle-même souvent choisir de dire ce que ses auditeurs veulent entendre or ses auditeurs sont nombreux: juges au procès de 1859, médecins , avocats et lecteurs, ceux de la presse de l’époque comme ceux, plus actuels, qui auront ce livre en main.

Les seize ans de la jeune fille nous donnent envie de la croire innocente et son récit déborde de réalisme. Détails du quotidien, de la misère familiale puis du travail de domestique, on vit avec elle dans ce Canada souvent puritain où les apparences priment sur la vertu.

Les relations entre sexes sont un troublant mélange de désirs refoulés, de conventions et de faux semblants. Chacun joue la partition qui lui a été donnée tout en ayant bien souvent conscience de son hypocrisie. Le médecin qui vient écouter Grace en prison la presse de lui raconter ses rêves mais se garde bien de lui révéler les siens!

Le traitement de la folie dans les asiles de l’époque est un triste tableau, la psychanalyse n’en est encore qu’à ses balbutiements et côtoie mesmérisme et spiritisme dans un flou bien peu scientifique.

Grace est-elle coupable? La réponse finalement importe peu. Les garçons de bonne famille qui engrossent les bonnes avant de les jeter à la rue, les matons concupiscents, les âmes bien intentionnées qui se délectent du spectacle des pendaisons, tous sont tolérés par la société. La justice n’est pas la même pour tout le monde ce qui rend ténue la frontière entre criminels et victimes…

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