carrere« L’Adversaire », « La Moustache » m’avaient fait découvrir Emmanuel Carrère avec un intérêt tempéré par le côté austère, parfois brutal des récits qu’il choisissait de faire.

Le titre de ce livre, « D’autres vies que la mienne », m’a pourtant suffisamment intriguée pour me donner envie de replonger et je ne l’ai pas regretté!

Le sujet est sombre, terrible puisqu’il touche, et je cite ici le 4ème de couverture, les « deux évènements qui (me) font le plus peur au monde: la mort d’un enfant pour ses parents, celle d’une jeune femme pour ses enfants et son mari ».

Une toute petite fille, une jeune maman…de quoi verser dans le sordide ou le mélo sauf que….

Emmanuel Carrère choisit de raconter « d’autres vies que la sienne » en restant à sa place d’auteur alors même que les deux Juliette dont il nous parle sont réelles et qu’il les connaissait. Il ne nous cache ni son soulagement d’être vivant ni sa part d’ombre et d’égoïsme, part qui existe chez tous mais que peu ont l’honnêteté » de reconnaître.

Le premier récit est donc celui de la disparition d’une enfant pendant le Tsunami qui dévaste le Sri Lanka en 2004. La vague coupe l’île en deux et l’horreur, décrite avec sobriété  côtoie l’hôtellerie de luxe. Ceux qui s’en sortent, ceux qui ont perdu des proches, ceux qui luttent, ceux qui abdiquent, ils sont tous là et la description des faits, des paroles, des gestes est d’une redoutable efficacité.tsunami

Le narrateur est à la fois touché et spectateur mais il en ressort plus humain car ce qui frappe dans tous les malheurs décrits, c’est l’importance de l’humain. Les rapports au sein du couple, la confiance, la peur font de ces êtres de papier des gens « à leur juste place » et l’expression touche juste. On ne peut pas vraiment parler de personnages dans ce genre de récit mais chaque personne décrite nous devient chère et crée l’empathie dans ce qu’elle a de plus positif.

Le second récit, intimement lié au premier par la similitude des prénoms féminins et son rapport avec l’épouse de l’auteur ne dit pas autre chose et touche peut-être plus encore.

Le cadre est moins exotique, le drame plus ordinaire, si l’on peut qualifier d’ordinaire un cancer, mais là encore la priorité est donnée aux relations qui unissent ceux qui s’aiment. Les réactions face à la mort sont différentes mais elles ont ici une dignité bouleversante. Finalement l’écriture crée l’émotion tout en finesse, tout sonne juste et on achève la lecture ému mais heureux de vivre. Livre  « de commande » selon l’auteur, livre cadeau qui donne envie de profiter de tous les bonheurs du quotidien et surtout d’aimer!

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