Le fou d’Ariane, Myrielle Marc, XO éditions, 2020

Un vieux et riche notaire décide un soir de refuser toute richesse matérielle. Vœu pieu ?

Pas si sûr mais ce qui est certain, c’est que du jour au lendemain, sa famille se retrouve sans le sou, cloîtrée dans une vieille maison qu’il n’est pas question d’entretenir. Alors que tout se délite, les liens se resserrent. Devenus parias pour le village, les enfants, cousins, frères, demi-frères ou sœurs courent la montage et constituent une étrange tribu de chasseurs-cueilleurs, lutins joyeux pour qui l’amour justifie même la folie .

L’aïeule seule, imperturbable, proteste dans le silence de sa chambre.

La Narratrice, Véronique, raconte cette vie étrange mais heureuse avec le regard candide qu’elle pose sur ceux qui l’entourent et sur Ariane, sa sœur, dont les histoires étranges peuplent parfois ses rêves et ses peurs. Car Ariane voit tout, sait tout et de la vérité vont naître les doutes et les tentations qui brisent l’innocence .

Le palais des orties, Marie Nimier, Gallimard, 2020

Le Palais Des Orties

S’il est une mauvaise herbe que l’on a tous fréquenté de bon ou de mauvais gré, c’est bien l’ortie. Omniprésente dans ce récit, elle l’est aussi dans la vie des personnages de ce roman, agriculteurs d’une nouvelle ère dans laquelle le bio se fait une place au soleil et où la main d’œuvre se trouve sur internet via le woofing.

Le couple de cette histoire : Nora et Simon, vivent dans une campagne banale, loin du cliché champêtre «  verdure et papillons », peu à l’aise financièrement, ils reçoivent une woofeuse qui, en, plus de sa force de travail, va leur apporter bien plus. Jeune, belle, elle perturbe un équilibre fragile et questionne les personnages sur ce qu’ils ressentent vraiment . Beaucoup d’amour dans ce roman et pas de manichéisme facile, tout le monde aime, souffre et vit avec justesse.

Le dernier juif d’Europe, Joann Sfar, Albin Michel, 2020

Étrange roman que celui de Joann Sfar, on y retrouve l’humour grinçant qui séduisait le lecteur du Chat du Rabbin et toujours la question du judaïsme traitée sur un mode pour le moins original, entre vampire juif bien intentionné et père qui se débarrasse de sa circoncision ; Cela peut paraître loufoque, normal, ça l’est, mais cela fait réfléchir aussi au curieux destin du peuple apatride et l’actualité politique y est tournée en dérision de façon plutôt efficace. Nos présidents successifs ne s’en sortent ni indemnes ni grandis…

Le chant du poulet sous vide, Lucie Rico,P.O.L 2020

Drôle de titre pour un drôle de roman. Le 4ème de couverture : « Quand on aime les poulets, on aime tout d’eux. La gentillesse qu’on leur donne, ils nous la rendent en sortant du four »

On s’attend alors à un humour plutôt second degré mais pas du tout ! Le personnage principal, Paule, aime vraiment les poulets d’un amour inconditionnel qui touche à la folie, aussi, lorsqu’à la mort de sa mère, elle hérite de son élevage de volailles, il lui paraît peu à peu tout naturel de s’y coller à son tour.

Amour envahissant, amour qui déteint sur ceux qu ‘elle aime (ils sont peu), sur ceux qu’elle agace, ( ils sont nombreux), mais aussi sur ceux qu’elle intéresse pour de très claires raisons commerciales.

Le problème c’est que la sincérité prime sur la raison et que ses épitaphes aux poulets défunts vont l’embarquer sur de bien étranges chemins.

Une lecture déroutante, un brin dérangeante, qui nous fait regarder d’une manière différente notre assiettes et nos habitudes de bipèdes dits « supérieurs ».

Le Palais de Minuit,Carlos Ruiz Zafon, Laffont, 2012

Le palais de minuit: Roman - Carlos Ruiz Zafón - Livres d'occasion

Un homme pourchassé, deux orphelins, une ombre maléfique. Quels secrets cache la sombre Calcutta entre misère et meurtres ?

Les personnages sont ambigus, les méchants peuvent être le reflet de nos propres peurs . Le rêve d’un futur radieux peut parfois mener à de bien tristes chemins et engager la vie de ceux-là même qu’on aurait aimé sauver.

Sauvage, James Bradbury, Gallmeister 2019

Sauvage

Curieux roman que celui-ci !

Il met en effet en scène un personnage, Tracy, qu’on a bien du mal à apprécier. : dix-sept ans, une sauvagerie dérangeante et surtout une passion pour la course en traîneau , la jeune fille a d’étranges relations avec son entourage. Une mère défunte qui semble parfois la hanter, un père bourru qui fait ce qu’il peut, l’ambiance est pesante dans ce coin perdu d’un Canada où hurlent les loups et où rode l’inconnu. À éviter les jours de déprime !

La communauté des esprits, André Pullman, Gallimard 2020

La Trilogie De La Poussière T.2 - La Communauté Des Esprits Gallimard-jeunesse

Quel régal de retrouver, jeune adulte, Lyra, personnage de la trilogie de la Croisée des Mondes !

Après La Belle Sauvage qui nous racontait ce qu’elle avait vécu enfant, on la retrouve à 20 ans, toujours aussi têtue et toujours aussi surprenante. Malcom, son sauveur lorsqu’elle était bébé, réapparaît et les péripéties se multiplient autour du parfum de roses mystérieuses que persécute le redoutable Magistérium.

L’Orient est le point de convergence de multiples intrigues, les personnages sont hauts en couleur, les daemons fascinants, inquiétants ou absents. On retrouve tout ce qui faisait la magie de la croisée des mondes avec la frustration de devoir attendre pour lire le troisième Tome !!!

Dernière visite à ma mère, Marie-Sabine Roger, L’Iconoclaste, 2021

L’Ehpad comme « lieu de dépôt sinistre », c’est ainsi que l’auteur décrit l’établissement où sa mère, sénile, va vivre ses derniers jours. Alors elle lui rend visite, pas souvent, la distance est trop grande, mais pas à pas, elle tente de s’approcher de celle pour qui les câlins et les confidences n’ont jamais été une priorité.

Comment dire son amour quand toute une vie n’a pu y parvenir, comment l’exprimer alors que l’autre n’est déjà plus tout à fait là ?

Beaucoup de justesse dans ce roman dont les chapitres courts nous décrivent la déchéance, les renoncements du corps sans jamais verser dans le pathos . Notre société éloigne d’elle ceux que l’obsolescence a rendu indésirables, elle les gomme dans l’indifférence générale, restent les mots, ceux d’une fille à sa mère.. .

Tupinilandia, Samir machalo de Machalo, Meteilié 2020

Les qualificatifs vont manquer tant j’ai aimé ce roman ! La première partie peut sembler déroutante, elle est essentielle à la construction du mythe d’où naît cette incroyable histoire . On y fait la connaissance d’un jeune garçon brésilien fasciné par Walt Disney qui va croiser son chemin brièvement mais de façon déterminante. Devenu grand et accessoirement riche au pays des dictateurs militaires et des magouilles politiques, il va réaliser son rêve : construire un parc d’attraction en pleine Amazonie, un parc 100% brésilien qui serait comme le paradis auxquelles seules les bonnes histoires peuvent donner accès.

On pense à Jurassic Park en visitant les différentes attractions, la fantaisie, l’imagination sont au rendez-vous, sauf qu’ici le grain de sable qui va tout faire dérailler proviendra des hommes et non des dinosaures.

Personnages hauts en couleur, militaires détraqués, idéalistes ou enfants pétillants rappellent avec brio le passé du pays et mettent en lumière les dangers du fascisme quel que soit le continent. Impossible de résister à ce roman !

Trilogie d’une nuit d’hiver: L’ours et le Rossignol, La fille dans la Tour, L’hiver de la sorcière, Katherine , Arden, Denoël

L’ours et le Rossignol, La fille dans la Tour et L’hiver de la sorcière sont des romans magiques car pleins de légendes et d’histoires. Le décor, grandiose, est celui de la Russie qui n’est pas encore grande mais où se défient moscovites et Tatars. Le personnage principal, Vassia, est une fille-flamme qui refuse la cage promise à son sexe, préférant le galop de son étalon aux conversations feutrées du Terem dont les femmes ne sortent que rarement.

Les cloches de l’orthodoxie, ses icônes, ses prières, grignotent les anciennes croyances, affaiblissent les esprits familiers, les démons rôdent, tout ce petit monde peut-il vivre en paix, et si oui , à quel prix?

Des romans qui enchantent à tous les sens du mot, on en apprend beaucoup sur la Russie des origines, et son folklore. L’amour, les batailles, rien ne manque et on a bien du mal à oublier le courage de l’héroïne! à lire et relire sans modération!!!

Kra, Dar Duchesne dans les ruines de l’Ymr, John Crowley, L’Atalante 2020

On a ici des récits qui semblent tout droit sortis de ce qu’on nomme parfois pompeusement des récits fondateurs, plusieurs histoires qui toutes mettent en scène la même corneille, qui vit, qui meurt et revit à une autre époque. Le point commun ? La fréquentation des hommes et la recherche de réponses . La corneille vole aux hommes le RIEN si précieux qui permet d’échapper à la mort, elle conduit les défunts vers un ailleurs changeant, elle se repaît des cadavres après les batailles, elle guide l’esprit des morts, et parfois se souvient de ce qu’elle était ailleurs , dans un autre temps, une autre vie.

Un récit à l’univers cohérent où l’on se surprend à regarder les corneilles d’un tout autre œil, cet œil nictitant qui nous observe …

Le club de l’ours polaire, Alex Bell,L’Atlas fantôme, Gallimard jeunesse, 2020

Dernier tome paru des aventures de Stella, la princesse des glaces découverte dans « Stella et les mondes gelés », on y retrouve l’humour et la fantaisie de l’auteur qui nous fait palpiter à la recherche du livre du gel, seul moyen de sauver Shay du terrible destin de ceux qui se sont fait mordre par un loup glacé. Beaucoup d’aventures, de suspens et de créatures attachantes, gargouilles de glace, flamants roses ultra-chics, côté bestiaire, on est servi et on en redemande !

La mer noire, Kéthivane Davrichewy, 10/18, 2010

La mer noire - Kéthévane Davrichewy - 10/18 - Poche - Le Hall du Livre NANCY

Récit d’un exil et d’un amour au romantisme désuet, c’est aux héroïnes du XIXème siècle qu’on pense en lisant l’histoire de Tamouna. Grande amoureuse mais femme de devoir, liée à la famille, aux traditions au point de s’oublier. On suit les chemins de sa vie, des bords de mer de Tbilissi à l’appartement français de l’exil, on traverse la guerre, les choix difficiles. Au soir de sa vie , elle attend l’homme qui fut son seul amour. Viendra-t-il ? Auront-ils enfin un chance de pouvoir s’aimer ?

On apprend beaucoup de l’histoire des Géorgiens qui ont choisi de quitter leur pays après l’invasion russe, une expatriation qui rencontre bien des échos dans l’actualité.. 

M le bord de l’abîme, Bernard Minier, XO 2019

Portail - Promenez-vous dans les bois.. pendant que vous ...

Hong Kong, temple des nouvelles technologies, de l’Intelligence Artificielle mais aussi des triades, des vices et des dépravations les plus tordues enfantées par le cerveau humain.

Lorsque Moïra intègre Ming, géant du numérique, elle se trouve confrontée au pire, meurtres sadiques, manipulations des consciences. Ses collaborateurs semblent tous avoir quelque chose à cacher, l’un d’eux est forcément LE monstre recherché par la police locale alors pourquoi son enquête parait-elle parfois facilitée par ceux-là même qu’elle soupçonne ?

Un thriller efficace qui nous fait regarder d’un autre œil l’écran de notre portable, œil toujours fixé sur nous, prêt à toutes les indiscrétions tant que l’affaire est rentable.

La pâtisserie Bliss, Magie à croquer, Kathryn Littlewood, pocket junior 2012/2014

Trois premiers romans sympathiques que ceux-ci ! On y fait la connaissance d’une fratrie pas comme les autres, Rose, Origan, Oliver et Nini. Leurs parents sont les propriétaires d’une pâtisserie très particulière qui a le don d’enchanter le quotidien des habitants de la petite ville où ils habitent par des douceurs au goût magique.

Éclairs de lune, souffle spectral, rougissement de reine ou pet de lutin, les ingrédients de leurs recettes ont de quoi déconcerter.

Des aventures pour un public jeunesse ou pour adultes rêveurs.

Prudence et Passion, Christine Jordis, Albin Michel 2020

Prudence Et Passion

Un roman austinien au XXIème siècle, pourquoi pas ?

C’est le pari tenu avec brio par Christine Jordis, elle nous fait partager la modération de la sage Eléna et l’exaltation de Marianne, plus conforme au goût du jour. Les deux sœurs suivent les élans de leur cœur avec la même conviction sans que cela leur épargne doutes et chagrins. L’époque importerait-elle peu finalement ? Pas mal d’audace tout de même dans ce roman qui souligne la dictature du politiquement correct quand il s’applique à la vie de tout un chacun. La défense d’un certain conservatisme peut ne pas être une dérive nauséabonde quand elle est motivée par le bon sens, cela va à l’encontre de tout ce qu’on nous serine à longueur de médias et rien que pour cela , ce livre mérite le détour, il nous invite à réfléchir par nous-même et ce n’est pas si courant !

Reflex, Maud Mayeras, Éditions Anne Carrière, 2013

Reflex - Maud Mayeras - Livre d'occasion

Polar prenant certes, mais fatal pour le moral. Il est difficile d’oublier le personnage principal, Iris, photographe de l’identité judiciaire. La maternité et ses possibles ravages sur les enfants mal-aimés, mal-traités, est au cœur du roman. Un constat glacial qui donne peu d’espoir quant à la possibilité d’un monde plus empathique. Brrr.. 

Le sang des Quatre, Christopher Golden, Tim Lebbon,Bragelone 2018

Le Sang des Quatre (Fantasy) - Livres d'occasion

Rien de tel qu’un roman fantastique bien ficelé pour s’évader. Celui-ci est parfait de ce point de vue. Les héros sont courageux ( normal), exotiques ( tant mieux), et épris de liberté (denrée rare).

Les méchants ont leurs zones d’ombre, évidemment mais une humanité qui fait qu’on ne les déteste pas tout à fait, après tout, qui sait ce qu’on ferait si on était confronté aux situations qu’ils doivent affronter ?

Le royaume de Quandis fait rêver et nous emporte avec grâce vers des rivages imaginaires qu’on prend plaisir à arpenter .

Le chant des Revenants, Jesmyn Ward, Belfond 2019

Le chant des revenants

Voyage au cœur d’une Amérique divisée, ce roman est aussi le voyage de Jojo, treize ans, de sa petite sœur et de sa mère vers l’enfer de la prison dont son père vient d’être libéré.

Précision importante : ils sont noirs, le père est blanc. Deux familles que devraient réunir les enfants sauf que le passé, les haines et le contexte déforment tout et font se relever les fantômes, fantômes visibles pour Jojo comme pour sa grand-mère. Le pardon est-il possible ?

Beaucoup d’images fortes, un thème pas facile, le texte ne se dévore pas d’une traite mais fait réfléchir et c’est peut-être ce qui importe.

Dans la mer il y a des crocodiles, Fabio Geda,Liana Lévi 2011

Dans la mer il y a des crocodiles, Fabio Geda | Sophielit

L’histoire vraie d’Enaiatollah Akbani est un récit à hauteur d’enfant puisque tout y est décrit du point de vue d’Enaiat. Il a onze ans au début du récit, onze ans au moment où sa mère se décide à l’envoyer sur les chemins de l’exil. Pour fuir l’Afghanistan , il va parcourir bien des kilomètres et faire bien des rencontres. Entre la rapacité des uns et la générosité parfois surprenante de parfaits inconnus, pas facile de s’y retrouver lorsqu’on est enfant. Il va pourtant surmonter les obstacles et grandir envers et contre tout. Un voyage intéressant qui nous rappelle la complexité de ces pays déchirés par les luttes ethniques et religieuses.

Vita Nostra, Marina et Sergueï Diatchenko,L’Atalante, 2019

Vita Nostra – Marina et Sergueï Diatchenko – Service de Presse | Garoupe

Pas facile de rendre compte de la richesse et de l’originalité d’un roman tel que celui-là, et cela particulièrement après en avoir fait la lecture ! On est dans un fantastique à la Todorov mâtiné de fantasy mais une fantasy fortement ancrée dans la réalité et les mots . Pas les mots du quotidien, non ! Plutôt ceux du poète ou du créateur, ceux de Mallarmé par exemple, le Verbe des amoureux de la langue ou des prophètes, tout un programme !

L’héroïne, Sacha, est jeune, elle entre de force dans un curieux institut dans lequel elle va nouer amitiés et inimitiés mais là s’arrête la comparaison avec la plupart des romans d’apprentissage du fantastique auquel on s’est habitué.

L’histoire est vertigineuse, hypnotique et les mots nous perdent en une rêverie éveillée qui n’est pas prête à nous laisser l’oublier .

Une expérience curieuse, à faire absolument !

Une putain d’Histoire, Bernard Minier, XO 2015

Une putain d'histoire - Bernard Minier

Attention, thriller addictif !

Deux récits croisés, celui d’un narrateur omniscient et celui du personnage principal : Henry, jeune homme qui nous mène par le bout du nez jusqu’à la surprenante résolution de l’intrigue.Dire que cette lecture donne le moral serait abuser mais il est difficile de lâcher ce roman tant on est pris par cette histoire de meurtre à élucider. La police est plutôt dépassée, les ados sont inventifs, difficile de deviner qui cache quoi et pourquoi.. Très bon moment de lecture en tout cas même si ce qui s’y dit de la nature humaine n’incite guère à l’optimisme !

Eux sur la photo, Hélène Gestern, Arléa 211

Eux sur la photo

Très beau roman épistolaire qui croise les voix de deux inconnus qui vont se découvrir au fil des recherches menées par le personnage féminin quant au mystère qui entoure la mort de sa mère. C’est à partir d’une photo que tout commence, ce sont des photos également qui, semées par un Petit Poucet du passé, vont nous faire vivre cette belle histoire familiale . Secrets, poids de l’éducation, de la culture ou du milieu social, amours, rien n’y manque et la description des photos retrouvées est si précise qu’on a l’impression de les avoir sous les yeux.

Le Prince de la Brume,Carlos Ruiz Zafon,Laffont, 2011

Le Prince de la brume - Livres d'occasion

L’époque ? La seconde guerre mondiale.

Les personnages ? Deux adolescents.

Le thème ? Un maléfice…

On retrouve ici les thèmes chers à l’auteur, le passé hante le présent et les choix faits par les personnages sont lourds de conséquences. La nouvelle demeure des personnages rappelle les manoirs de Lovecraft et lorsque le jour tombe, tout peut arriver. La brume et la mer sont ici des personnages à part entière et c’est un plaisir que de s’y perdre.

Les lumières de septembre, Carlos Ruiz Zafon,Laffont 2012

Les lumières de septembre - Poche

Bien que désespérément subjective lorsqu’il s’agit de cet auteur, ce roman de jeunesse à plus d’un titre, jeunesse de l’auteur et du lectorat escompté, est sans doute mon préféré dans cette catégorie. Rien n’y manque : personnages torturés et courageux, décor tout à tour inquiétant et majestueux, passé trouble dont on ne peut se défaire, plus un zeste de fantastique qui nous emporte au pays des horlogers géniaux, évoquant la magie d’une Copélia d’Hoffmann que l’on aurait revisitée

Une histoire d’amour bien sûr mais surtout un roman qui se dévore et qui nous mène par le bout du cœur vers les plus étranges mystères normands.

Ogresse, Aylin Manço, 2019, Sarbacane

Ogresse – Aylin Manço – Mes échappées livresques

Étrange roman que celui-ci. Roman d’adolescence, roman initiatique où la viande prend une place surprenante. On y parle des premiers émois amoureux, de la force et des fêlures, des amitiés véritables et surtout du pouvoir de l’amour.

Il y a trop de non-dits dans les familles et celle d’Hippolyte, la jeune héroïne, ne fait pas exception à la règle, elle jouerait même plutôt en section compétition , sauf que ce qui n’est pas dit s’avère ici le pire cauchemar d’un enfant.

Parler pour bien aimer…

Le labyrinthe des esprits, Carlos Ruiz Zafon, Actes Sud 2018

Amazon.fr - Le Labyrinthe des esprits - Zafón, Carlos Ruiz, Vila Casas,  Marie - Livres

Attention, livre génial !

Un auteur qui cisèle les mots et ficelle les histoires avec le brio d’une dentellière, ce n’est pas si courant. C’est le deuxième roman que je lis de cet auteur et à chaque fois, l’enchantement opère, je reste scotchée à l’intrigue , aux personnages, à cette Barcelone envoûtante , tentaculaire , qu’on aime et déteste avec tout autant d’enthousiasme.

C’est un personnage féminin que l’on suit ici, créature ténébreuse et meurtrie, mais ceux dont elle croise la route sont tout aussi inoubliables. On est dans l’Espagne de Franco, après une guerre civile qui a aiguisé les appétits des médiocres et attisé les rancœurs. Un ministre disparaît, les enquêteurs se lancent sur la piste d’un passé que bien peu souhaitent vouloir voir émerger.

Les livres jouent ici un rôle essentiel et il y a tant de talent dans la façon d’évoquer la magie de l’écriture qu’on ne demande qu’une chose, lire et lire encore tout ce que Carlos Ruiz Zafon a bien voulu nous offrir.

Féérie pour les ténèbres, Jérôme Noirez, 2011, Le Béhal

Féérie pour les ténèbres - Intégrale, tome 1 par Noirez

Drôle d’univers que celui de Jérôme Noirez, il y a du Rabelais dans ses horrifiques descriptions et de la gourmandise dans la description raffinée des horreurs du monde qu’il s’est inventé.

La Tecnole, mystérieuse soupe vomie par le sous-sol vers le haut comme vers le bas, envahit peu à peu le monde qu’elle pervertit. Les ténèbres sont peuplées de monstres parfois touchants, le ciel pèse sur d’étranges crimes et deux enfants, Grignotte et Gourgou, se baladent parmi tout cela avec l’aisance, l’innocence et le culot de Gavroche d’Apocalypse.

La lecture est jubilatoire et les surprises ne manquent ps. Difficile de décrocher une fois immergé dans cet univers. C’est déjanté et inventif, on aime…ou pas, personnellement , j’ai adoré !

Mes bien chères sœurs, Chloé Delaume, 2019

Mes bien chères soeurs (Fiction & Cie) eBook: Delaume, Chloé: Amazon.fr

Lecture inhabituelle pour moi, plutôt fidèle au genre romanesque ou théâtral, puisqu’il s’agit ici d’un texte pamphlet, appel à une sororité qui secouerait le « cocotier » patriarcal .

L’écriture est efficace. Beaucoup de vérités rappelées avec force mais un regret tout personnel : l’égalité est certes une lutte à mener mais est-elle obligatoirement contre l’autre sexe?

Le Sauvage, Guillermo Arriaga, 2019

GUILLERMO ARRIAGA - Alina Gurdiel et Associés


Dépaysement garanti pour ce roman qui nous embarque à Mexico, ville gangrenée par la corruption et les magouilles en tout genre. Ici , pas de plage ou de coucher de soleil de carte postale mais le récit de destins, celui de Juan Guillermo, cerné par la mort de ceux qu’il aime et qu’il est bien déterminé à venger, et celui d’Amaruy, métis inuit en quête d’un animal qui n’est pas sans évoquer la Moby Dick de Melville.

Mexique et Canada

Deux sauvages en révolte contre une société où règne la loi du plus fort.Des personnages attachants, une description glaçante du Mexique contemporain mais aussi de l’espoir et de l’humanité malgré tout . Il y a dans ce roman beaucoup de culture littéraire, le personnage principal étant lui-même un lecteur des plus cultivés, le récit est entrecoupé de récits mythologiques qui convoquent aussi bien les Vikings que les dieux de la Grèce antique, mais aussi beaucoup d’inventivité dans la typographie et les parallèles parfois surprenants entre cultures différentes. Un roman qu’on n’oublie pas.. 

La voie Verne, Jacques Martel, Mnémos 2019

La voie verne

Avis aux admirateurs de Jules Verne, ce roman de SF est un voyage au cœur des œuvres de cet auteur souvent sous estimé !

Dans un avenir pas si improbable, le papier est devenu si rare que les livres ont été réquisitionnés et recyclés, le savoir étant confié à l’informatique jusqu’au jour où un virus s’en prend aux données précieusement collectées et réduise à néant la mémoire littéraire de l’humanité. Les livres rescapés deviennent alors rarissimes, propriétés de l’État ou cachés par des passionnés telle que la famille de Gabriel, étrange enfant qui vit dans le virtuel du monde créé par Jules Verne. Arrive alors un personnage ambigu, supposé majordome, au visage curieusement familier…

Du mystère et beaucoup d’inventivité, un régal littéraire et fantastique que n’aurait sans doute pas renié le maître !

Présentation

Ce blog est né de deux envies, partager mes coups de cœur littéraires et faire découvrir l’île où je me trouve .

Comme la météo de Saint-Pierre nous contraint parfois au cocooning hivernal, j’ai tout le temps nécessaire pour lire et au rythme de plus ou moins trois romans par semaine, je trouve forcément mon bonheur à la médiathèque!

Après, étant extrêmement bavarde, à l’oral comme au clavier, pourquoi ne pas partager sur d’autres sujets ? c’est la porte ouverte à tous les délires, à vous de voir si vous avez envie de suivre!

contact: javaclak@free.fr

L’invitation à la valse, 1932,Rosamond Lehman, Belfond 2020

Une valse à mille temps, ce sont bien sûr les paroles de Brel qui résonnent à l’oreille, mais ce roman, « vintage » selon l’éditeur, nous en donne une autre version tout aussi convaincante. Les demoiselles Curtis, Kate et Olivia, la plus jeune, sortent dans le monde. Olivia vient de fêter ses dix-sept ans et attend de ce premier bal monts et merveilles. De danse en danse, d’attentes en désillusions, elle découvre la vie au fil des valses et de son imagination riche et exaltée . Du jeune blessé de guerre au barbon libidineux, la candeur de son regard dresse un portrait plein d’ironie de la bourgeoisie anglaise de l’entre deux guerres, guindée et désuète mais aussi tentée par d’autres musiques. Valse ou jazz ? Telle est peut-être la question que l’Histoire balaiera quelques années plus tard.

L’institut, Stephen King, Albin Michel, 2020

Très bon thriller que ce roman d’un auteur qu’on ne présente plus et qui nous emmène ici au cœur d’une machination née des délires nazis et poursuivie dans le plus grand secret ; Des enfants disparaissent. Des hommes puissants meurent. Quel est le lien ?

Le grain de sable malicieux qui grippera la machine infernale s’appelle Luke . Il a 12 ans, la politesse des enfants élevés avec amour, l’intelligence d’un surdoué et le courage que donne le désespoir. Impossible de décrocher une fois le livre commencé !

La race des orphelins, Oscar Lalo, Belfond, 2020

La Race des orphelins (Pointillés) - Livres d'occasion

Comment vivre quand on ne se connaît pas, quand sa naissance est une des hontes de l’histoire de son pays, qu’on est né allemande et blonde aux yeux bleus ?

C’est l’enjeu de ce roman tout en finesse où un scribe prête sa voix à celle qui n’a pas les mots. À travers les non-dits d’Hildegarde, à travers sa quête d’une origine dont les preuves ont été détruites par les nazis en déroute, c’est la réalité dérangeante des enfants des Lebensborn qui se décrit, une folie de contrôle et d ‘eugénisme qui n’est pas sans nous faire penser à la Servante écarlate de Margaret Atwood, la fiction en moins puisqu’il ne s’agit pas ici d’une dystopie.

Une écriture lacunaire parfaite d’exactitude, émouvante et glaçante. Les nazis avaient décidé de créer la race parfaite, on voit ici le point de vue de ces enfants de personne nés de viols, d’enlèvements ou d’abandons, le fardeau n’est pas facile à porter !