Présentation

Ce blog est né de deux envies, partager mes coups de cœur littéraires et faire découvrir l’île où je me trouve .

Comme la météo de Saint-Pierre nous contraint parfois au cocooning hivernal, j’ai tout le temps nécessaire pour lire et au rythme de plus ou moins trois romans par semaine, je trouve forcément mon bonheur à la médiathèque!

Après, étant extrêmement bavarde, à l’oral comme au clavier, pourquoi ne pas partager sur d’autres sujets ? c’est la porte ouverte à tous les délires, à vous de voir si vous avez envie de suivre!

contact: javaclak@free.fr

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Qui est tenté par un partage littéraire ?!

LE BOUQUIN IVRE

Bonsoir à tous!

Fraîchement arrivée sur la blogosphère, une idée m’est venue durant l’après-midi (au boulot..oups!), mais peut-être que celle-ci a déjà été émise par d’autres personnes. Merci de m’en faire part, si tel est le cas 🙂.

Nous échangeons pour certains par l’intermédiaire de commentaires ou par des like.
À l’heure où fleurissent multiples colis littéraires offrant découvertes variées, je propose à ceux qui le souhaitent d’apprendre à nous connaître davantage!
Pour cela, il s’agirait de s’inscrire, puis un tirage au sort déterminerait le duo qui s’échangerait un bouquin ( par colis ou uniquement par conseil mail ?).

Afin de créer un peu de suspens et d’intérêt, le binôme littéraire aurait 5 questions à s’échanger qui permettraient d’orienter leur choix en terme de bouquins!

Par exemple:
1. Style littéraire privilégié ?
2. Dernier coup de cœur:
3. Thématique qui me fait chavirer:
4. J’ai pas osé, mais…
5. La…

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Le jour d’avant de Sorj Chalandon, 2017

jourEn 2013, Sorj Chalandon avait enthousiasmé les lycéens du Goncourt avec le Quatrième mur et je l’avais découvert à cette occasion, magistral dans la relecture d’une Antigone moderne confrontée au conflit israélo-palestinien.

En 2017, c’est un tout autre sujet qu’il aborde. Son héros et narrateur, Michel Flavent, a quitté l’enfance le jour de la mort de son frère.

Enfant du coron, lui n’est pourtant jamais descendu dans la fosse mais de la mine il sait l’essentiel: le quotidien, la peur, la crasse et la fierté du pain gagné mais aussi la malédiction du grisou, la silicose qui tue à coup sûr, en prenant son temps, le sentiment d’injustice.

D’un côté les mineurs qui donnent leur vie, de l’autre les patrons qui la monnayent, rognant sur les dépenses, négligeant la sécurité au nom du profit.

Lorsque sa femme meurt, Michel décide que l’heure des comptes a sonné et que la colère qu’il porte en lui doit être exposée au grand jour .

Les rites de la mine, la fascination et la peur qu’elle suscite rappellent le Germinal de Zola. L’écriture est efficace, poétique quand elle convoque le « tu frères encore » de Jacques Brel, émouvante toujours.

L’histoire captive et déroute. On croit tout savoir et on se trompe, la lecture nous mène par le bout du cœur et on suit le récit avec la conviction de partager un beau moment d’humanité. Pas de manichéisme ici mais un sens de la justesse qui touche.

L’art de la vie tome 2, Chaos sur la toile, Kristin marja Baldursdottir, 2013

Suite et fin de l’esquisse d’un rêve…

Le roman nous fait vivre la vie de Karitas. les enfants ont grandi, la guerre est passée mais vivre est-il pour autant plus facile lorsque tout est donné à l’art?

Le principe de l’alternance des voix narratives est conservé mais les descriptions de tableaux qui entrecoupent le récit  plus classique de l’histoire sont cette fois le fait d’un observateur extérieur que l’on peut imaginer critique spécialisé ou spectateur averti et amateur d’art. Il tente d’interpréter ce qu’il décrit à la lumière de la biographie « officielle » de Karitas et ses explications sont parfois en complet décalage par rapport à ce que vit ou ressent vraiment l’héroïne. Une œuvre d’art est  aussi un espace de liberté pour celui qui la regarde, indépendamment de ce que le peintre a voulu y mettre et on le comprend de manière particulièrement intéressante, voire  amusante.

La condition des femmes est , comme dans le premier tome, décrite au plus juste, l’influence de Simone de Beauvoir, les voyages à Paris, New York, forment l’artiste et dressent un constat sans concession de la rage des femmes entre elles. Doublement captives de la société et du jugement de leurs consœurs, elles mènent une lutte qui donne à réfléchir sur les avancées contemporaines. Les islandaises ont certes voté bien avant nous mais le fardeau familial semble bien lourd à porter dans une île où ils sont si peu et où le regard des autres pèse au quotidien. L’enfermement insulaire n’est pas réduit à une donnée géographique, il marque jusqu’à la façon de penser.

L’art de la vie….tout un combat !art

Dark secrets, Hjorth and Rosenfeld, 2010/2012, T 1,2,3

Dark Secrets 1 :

Polar 100% suédois, ce roman se lit d’une traite et nous fait suivre l’enquête de la police dans le sillage d’un personnage complexe et parfois antipathique: Sébastian Bergman.

Macho, désagréable et peu sensible aux valeurs morales les plus élémentaires, ce profiler mis sur la touche utilise ses propres faiblesses pour traquer la vérité.

Le cadavre d’un adolescent est découvert. Alors que tous cherchent un criminel, Sébastian adopte une autre approche: qui était vraiment la victime?

La police s’active à chercher le coupable mais la solution va s’avérer bien plus complexe que dans la plupart des romans . Les motivations psychologiques ne sont pas faciles à décrypter, les erreurs sont possibles et parfois lourdes de conséquences.

Une lecture prenante qui tient ses promesses : pas de résolution bâclée  mais des personnages fouillés, cohérents et des surprises jusque dans les dernières pages.

Le livre  a été décliné en série TV, cela donne envie d’y jeter un œil, dommage que cela oblige à se mettre au suédois!

Le disciple:

Même équipe ,même décor. On retrouve avec plaisir les tourments de Sébastian, de plus en plus empêtré dans sa solitude et les contradictions inhérentes à son étrange personnalité.

Il a cette fois-ci un adversaire à sa hauteur mais est-il toujours le brillant psychologue d’autrefois? Il connait ses faiblesses, est-il capable de les surmonter pour qu’elles le servent dans la partie mortelle du jeu qu’il a accepté de jouer?

Vainqueur il y a quinze ans, il n’est plus le même homme et pourtant…La crim’ est sur la brèche, les meurtres se succèdent, se rapprochent et l’enquête se suit sans faiblir.

Le tombeau:

On prend les mêmes?

Pas tout à fait . D’abord parce qu’une petite nouvelle rejoint la Crim’, ensuite parce que Sébastian lui-même n’est plus tout à fait aussi antipathique. Quoique…

L’enquête touche cette fois à la politique, aux services secrets et aux magouilles internationales. la justice dans un tel cadre est-elle possible? Un roman plus noir que les précédents mais tout aussi palpitant. Vivement la suite!

Le temps des faisans…

Bientôt l’ouverture de la chasse et déjà les faisans sont lâchés. On peut les voir décoller lourdement à l’approche des marcheurs,enfin, quand je dis l’approche, il est presque possible de leur marcher sur les plumes tant leurs réflexes sont lents! Ils ont l’air étonnés de découvrir la liberté et ils ont intérêt à en profiter vite fait parce que le moins qu’on puisse dire c’est que leurs performances ne laissent pas béat d’admiration.Une fois les fusils en face d’eux, pas sûr que la chasse soit très sportive!
C’est un peu comme si, au lieu d’acheter de la façon la plus banale qui soit, un poulet au rayon volaille de mon supermarché( vous savez, là où les poulets attendent tranquillement de passer à la casserole, nus, les pattes bien rangées et tout et tout), je décidais de m’en faire livrer un vivant, de le mettre au frigo le temps qu’il soit un peu calmé ( refroidi aussi, ça l’habitue…) et de lui ouvrir d’un coup la porte pour le dégommer au petit plomb dès qu’il montre son bec.
Ce serait une manière de mettre du piment dans la préparation du repas dominical. Qui sait? On pourrait ensuite plumer l’animal tout en chantant avec les enfants “Alouette, gentille alouette” ce qui à coup sûr ferait naître chez eux une vocation musicale ou militante version Greenpeace.
Ceci étant, si le volatile sus-nommé ressemble à un petit dindon, il semble également en avoir le peu de jugeote, preuve à l’appui:celui que j’ai croisé ce matin est resté à un mètre de moi, visiblement convaincu de son invisibilité, il a fini par décoller avant la rencontre du troisième type mais tout juste. Alors? Vous le trouvez sur la photo? Plus fort que l’autruche…le faisan de Saint-Pierre , mais peut-être que, venant du Canada, c’est juste pour lui un problème de traduction, il n’a pas tout compris et se demande où il a atterri…septembre2017 033

L’esquisse d’un rêve,Kristin Marja Baldursdottir, 2004

esquisse

Encore un auteur venu du nord, encore un auteur dont le nom ne va pas être facile à retenir…

Si vous avez envie d’une virée en Islande, ce roman est pourtant le compagnon tout désigné pour une escapade exotique.

Karitas, l’héroïne, naît dans le nord ouest et va parcourir son pays après un séjour à Copenhague où elle étudie l’art. Sa mère, veuve, s’est promis de permettre à ses enfants de faire des études ce qui en 1915 relève du défi, en particulier pour les filles!

Son obstination aura raison de tous les obstacles. La pauvreté, les préjugés, la rigueur du climat ne pourront l’arrêter. Armée de ses aiguilles à tricoter et de son courage, elle surmontera tout mais est-ce suffisant pour offrir le bonheur à tous?

Les relations entre sœurs sont loin d’être simples, les amours, les envies diffèrent et créent parfois des jalousies lourdes de conséquences. Karitas a promis de tout donner à l’art mais la vie la rattrape et l’issue de la lutte qu’elle a choisi d’engager est loin d’être évidente à gagner.

Les chapitres alternent narration classique et description de dessin ou de tableau. Dans ce dernier cas, le procédé est précis, presque ritualisé, à chaque fois un titre( ou l’absence d’un titre), une date et l’évocation d’une scène très picturale à laquelle sont associés un souvenir, des sentiments, des sensations.

On a l’impression de voir l’image naître sous nos yeux:

«  Les tabliers de ma mère.

Trois grands tabliers, blancs et solides.

Les plastrons pendent la tête en bas, les rubans que l’on noue à la taille se bagarrent avec frénésie.

Ma mère apparaît alors sur le perron. »

Les esquisses deviennent dessins puis tableaux, assemblages, collages. L’artiste évolue vers une représentation de plus en plus personnelle et c’est passionnant, un peu comme si l’on était caché dans un coin de l’atelier, à essayer de comprendre l’étrange alchimie qui donne naissance aux œuvres d’art.

Alors? Prêts pour le voyage? Je ne résiste pas à la tentation de citer l’incipit du deuxième chapitre, prémisse au dessin des tabliers maternels qui suivra bien plus loin dans le roman:

«  La corde à linge chanta dans l’air glacé lorsque les sœurs la touchèrent, les tabliers qu’elles y avaient étendus à sécher s’étaient battus les uns contre les autres, dans le froid, ils s’étaient entortillés et raidis par le gel! »

Dépaysant? Non?

Captive, Margaret Atwood, 1996

captive

Criminelle, folle, débauchée, machiavélique ou simplette, les qualificatifs associés à l’héroïne de ce roman ne manquent pas. En effet, Grace Marks porte bien son prénom et à plus d’un titre: son charme ne laisse pas indifférent et le lecteur ne demande qu’à la gracier de tout péché, sauf que l’histoire de cette très jeune fille est parfois troublante.

Le changement des voix narratives entretient le mystère. Lorsque Grace raconte ce qui lui est arrivé, la voix semble sincère, mélange d’humilité face aux desseins divins et de rébellion contre la misère. C’est une tout autre chanson lorsqu’on lit les compte-rendus de son procès alors, dit-elle la vérité? La connait-elle seulement?

Elle avoue elle-même souvent choisir de dire ce que ses auditeurs veulent entendre or ses auditeurs sont nombreux: juges au procès de 1859, médecins , avocats et lecteurs, ceux de la presse de l’époque comme ceux, plus actuels, qui auront ce livre en main.

Les seize ans de la jeune fille nous donnent envie de la croire innocente et son récit déborde de réalisme. Détails du quotidien, de la misère familiale puis du travail de domestique, on vit avec elle dans ce Canada souvent puritain où les apparences priment sur la vertu.

Les relations entre sexes sont un troublant mélange de désirs refoulés, de conventions et de faux semblants. Chacun joue la partition qui lui a été donnée tout en ayant bien souvent conscience de son hypocrisie. Le médecin qui vient écouter Grace en prison la presse de lui raconter ses rêves mais se garde bien de lui révéler les siens!

Le traitement de la folie dans les asiles de l’époque est un triste tableau, la psychanalyse n’en est encore qu’à ses balbutiements et côtoie mesmérisme et spiritisme dans un flou bien peu scientifique.

Grace est-elle coupable? La réponse finalement importe peu. Les garçons de bonne famille qui engrossent les bonnes avant de les jeter à la rue, les matons concupiscents, les âmes bien intentionnées qui se délectent du spectacle des pendaisons, tous sont tolérés par la société. La justice n’est pas la même pour tout le monde ce qui rend ténue la frontière entre criminels et victimes…

Quand sort la recluse, Fred Vargas, 2017

recluseQuel plaisir de retrouver les brumes qui rampent dans les pensées et le pays du commissaire Adamsberg!

Le nouveau roman de Fred Vargas nous replonge dans l’ambiance  étrange d’un commissariat dont la « tête pensante » est tout sauf rationnelle.

La première intrigue nouée se résout assez vite et laisse apparaitre une bien étrange visiteuse, aranéide modeste qui hante nos foyers sans que l’on ait à s’en soucier. Or la voilà au cœur de l’histoire et soupçonnée de meurtres en série.

La nature aurait-elle perdu son bon sens ordinaire?

L’équipe d’Adamsberg se divise à ce sujet, Danglard, bras droit du commissaire, en farouche opposant et champion de la logique, Adamsberg suivant son cheminement poétique, croisant des indices et les mots. Jamais la polysémie n’a été autant sollicitée dans une enquête!

Mêlant réminiscences personnelles et intuitions du moment, notre commissaire nous balade sans faiblir d’un fait divers sordide à l’autre, épaulé pour l’occasion par Irène, curieuse petite bonne femme dont on se surprend à attendre avec impatience les interventions.

Du suspens donc et même le plaisir de retrouver des personnages d’autres romans, venus comme par hasard donner un petit coup de pouce au dénouement!

Je te vois, Clare Mackintosh, 2016

je te

Le hasard crée parfois de curieuses redondances, je venais de regarder le film Sous vos yeux, de Cédric Jimenez quand j’ai commencé ce roman.

Le traitement est différent mais la thématique est proche . Dans le premier cas on est l’œil vissé aux caméras de surveillance, dans le second on alterne entre victime potentielle , voyeur et flic. Le mélange est plutôt réussi, que ce soit au cinéma ou en littérature. L’intrigue du roman ne ménage pas le suspens et quand on pense avoir tout compris, un peu vite comme souvent dans les dernières pages de roman policier, eh bien non, l’histoire reprend de plus belle et c’est sans doute ce que j’ai préféré dans ce livre. Je craignais une solution bâclée, c’est tout l’inverse qui se produit!

Après, personnellement, je n’ai pas trouvé la proie du « méchant » très sympathique, il y a des passages où j’ai presque eu envie de la voir se faire trucider dans les règles du genre mais après tout, qui a décrété que les victimes étaient forcément des anges?

La thématique : internet et vidéo surveillance est d’actualité, le résultat fait froid dans le dos. De quoi se sentir observé, guetté au quotidien ….pour notre bien?

Certains regards sont tout sauf bienveillants!

Vernon Subutex 1, Virginie Despentes, 2015

vernonD’accord, le tome 3 vient de sortir mais bon, il n’est jamais trop tard pour se mettre à la page et attaquer le tome 1, au contraire, c’est l’assurance que l’aventure continue…

De Virginie Despentes, j’avais lu et apprécié King Kong théorie mais c’était un essai, pas un roman et je n’étais pas forcément toujours d’accord avec ce que je lisais. Là, c’est à un tout autre voyage que celui auquel le fameux Vernon nous invite.

Héros souvent passif, il est le témoin d’une époque « sex, drug and rock and roll » aujourd’hui non pas révolue mais un peu dépassée, sorte de légende qui appelle à la nostalgie.

Vernon n’a pas vraiment compris qu’il avait changé d’époque. Il chute donc, de désillusion en désillusion jusqu’au bas du pavé et c’est dans les rencontres qu’il fait que l’on prend plaisir à découvrir une impressionnante galerie de personnages .

De la junkie lesbienne au gros beauf, de la névrosée à la groupie anorexique, on croise tout ce qui peut graviter autour d’une rock star. sur les pas de Vernon Subutex, on pointe les aberrations de notre époque, la richesse indécente des uns comme le dénuement absolu de ceux qui ne jouent pas le jeu de la consommation.

Stars du porno, transsexuels, journalistes tordus, bouledogues français, SDF, la trajectoire du héros traverse tous les milieux et donne lieu à des descriptions parfois jubilatoires. Une vision peu optimiste de notre société gérée par la finance. personne n’est épargné et c’est ce qui est si bon!

Merci, merci, à l’amie qui m’a offert ce roman!