Présentation

Ce blog est né de deux envies, partager mes coups de cœur littéraires et faire découvrir l’île où je me trouve .

Comme la météo de Saint-Pierre nous contraint parfois au cocooning hivernal, j’ai tout le temps nécessaire pour lire et au rythme de plus ou moins trois romans par semaine, je trouve forcément mon bonheur à la médiathèque!

Après, étant extrêmement bavarde, à l’oral comme au clavier, pourquoi ne pas partager sur d’autres sujets ? c’est la porte ouverte à tous les délires, à vous de voir si vous avez envie de suivre!

contact: javaclak@free.fr

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Les délices de Tokyo, Durian Sukegarwa, 2018 pour l’édition livre de poche

délices

On dit de certaines personnes qu’elles cachent bien leur jeu mais c’est également le cas de certains livres rares comme Les délices de Tokyo de Didier Sukegawa.

Un tout petit format, un auteur peu connu, une couverture pastel qui me faisait de l’œil depuis le rayon nouveauté de ma bibliothèque favorite, autant dire que je l’avais emprunté comme une friandise d’été, sans trop en attendre en retour.

Le début ne m’avait pas détrompée, agréablement dépaysant, il me transportait sur le pas d’une boutique de dorayaki où officiait Sentukô, homme désabusé, peu motivé par la tâche qui, on l’apprend assez vite, lui a été imposée( et non, ne me demandez pas ce que sont les « dorayaki », lisez ce petit bijou de livre et ils n’auront plus de secret pour vous!)

Lecture agréable, légère, qui évoque pour moi l’ambiance des Beignets de tomates vertes de Fannie Flagg, sauf que….tout bascule avec le personnage de Tokue Yoshii, 76 ans, dont les doigts étrangement déformés interrogent le lecteur, curieuse femme, d’abord simple silhouette qui devient formidable personnage  s’imposant à Sentukô d’abord dans sa cuisine, puis dans sa tête et sa vie.

On découvre son histoire et celle de la culture japonaise à travers le regard d’une génération qui a oublié ce qu’elle ne voulait plus voir.

Gêne, culpabilité, peur, les sentiments sont mêlés au parfum des fleurs de cerisier et la beauté du mélange est telle qu’on se surprend à rêver longtemps de ce roman dont la petite musique émeut.

On sent les effluves de la pâte des dorayaki, la détresse des délaissés, la douceur de l’humanité lorsqu’elle partage son amour des délices de la vie. On apprend à écouter et à regarder, il y a de la magie dans ces pages!

L’histoire a été adaptée à l’écran et primée à Cannes, pas étonnant ! Le film réussit-il à transmettre l’émotion de la lecture? Je me promets de le vérifier dès que j’en aurai l’occasion…

Méli-mélo floral

Si juillet à Saint-Pierre et Miquelon fait souvent grise mine, ce n’est pas parce qu’il est mal entouré, bien au contraire!

Juin décline ses fleurs blanches en cœurs changeants noirs,

juillet 2018 016

roses

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ou gris,

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en août c’est le « printemps estival » et pour les grincheux qui diront que l’expression est bancale, la preuve en couleurs!juillet 2018 246juillet 2018 253juillet 2018 256

Les mûres, les graines et les bleuets se préparent, il y a du rose en montagne, juillet 2018 259

du jaune et du blanc sur les étangs…

juillet 2018 258juillet 2018 261

Les églantines embaument et invitent à flâner nez au vent. juillet 2018 244Seul bémol, ces maudites mouches qui attaquent avec furie et piquent sans faiblir mais bon, la beauté, ça se mérite et on rencontre même des invitées surprise:juillet 2018 015

 

Alors, qui me dira le nom de cette belle solitaire? Je n’ai pas trouvé, sous ses allures d’orchidée elle garde pour le moment son mystère…

 

Musique en péril.

piano casse

À Saint-Pierre, on chante, à Saint-Pierre, on danse et cela bien souvent au son bien de « chez nous » des musiciens locaux. Héritage acadien, basque, breton ou normand, on aime taquiner guitare, clavier, accordéon, violon…Les concerts font salle comble, le 21 juin est festif, le prix des cours au Centre Culturel et Sportif rend l’apprentissage abordable et démocratique.

Vision idyllique? Peut-être. Vision menacée? Assurément.

L’année dernière les cours de piano ont été tout simplement supprimés sans explication, une simple ligne sur le net, 40 élèves, en majorité des jeunes, contraints à renoncer à leur instrument faute d’offres dans le privé pour ceux qui pouvaient payer, faute de moyen pour les autres. Le poste avait pourtant été publié en juin, avant de disparaître du paysage…

Certains diront que le piano, bof, c’est élitiste et qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat mais cette année, c’est la guitare et l’éveil musical qui semblent voués au même destin: 45 élèves en tout. Pourtant, à l’ouverture des inscriptions, il fallait déjà patienter un long moment avant d’obtenir une place, nombreux étaient ceux qui devaient se contenter de la promesse d’une liste d’attente surchargée, la demande étant de loin supérieure à l’offre!

Alors? Avis de tempête sur le caillou? Les Saint-pierrais n’auront plus qu’à danser au son d’orchestres virtuels, regrettant le temps où les chants leur parlaient de l’archipel, le temps où les jeunes pouvaient sortir la guitare et les décibels en étant encouragés, accompagnés par des professionnels.

Beaucoup d’artistes locaux ont fait leurs gammes à l’annexe du CCS, quitte à compléter leur formation à l’extérieur. Certains sont revenus et rendent au caillou tout l’enthousiasme qui les a porté. D’autres retournent ici le temps des beaux jours pour donner un concert, une soirée, promouvoir un CD.

Avec la suppression des cours, c’est toute une dynamique culturelle qui disparaît, une relève avortée.

Les jeunes seront sans doute les plus touchés et quand on sait que l’apprentissage musical développe des capacités en mathématiques, lecture et autres domaines cognitifs, on ne peut que s’interroger…

Essai de définition estivale

Ça sent l’été…vous n’y croyez pas?

C’est vrai que ce début de juin est frisquet et qu’on peine à s’aérer les gambettes et à remiser les chaussettes alors, on tente une petite définition de saison?

Ici, l’été, c’est quand, à quelques mètres de distance, on peut admirer les crosses de fougères naître, se dérouler, se frisotter pour le grand show estivalJean paul et Cathy juin 2018 225Jean paul et Cathy juin 2018 228

L’été, c’est quand les géants de glace descendent du Nord sur les côtes de Terre-Neuve où il faut les pister puisque depuis 1987 ils semblent bouder l’archipel, qu’à cela ne tienne, on part en chasse, Terre_Neuve_juin_2018 302Terre_Neuve_juin_2018 083Terre_Neuve_juin_2018 085Terre_Neuve_juin_2018 299Jean paul et Cathy juin 2018 148.JPGcroisant au passage lièvres et renards.Terre_Neuve_juin_2018 027Terre_Neuve_juin_2018 038Jean paul et Cathy juin 2018 035

L’été c’est quand le grand Colombier se couvre de rochers mouvants….et volants, pingouins, macareux, qui aura la vedette?Jean paul et Cathy juin 2018 197 Tous sont sur leur 31, reste à les compter…

après, en face, la moucherolle à ventre jaune n’est pas mal non plus!Jean paul et Cathy juin 2018 232

L’été, c’est quand l’île aux marins ouvre ses maisons, j-paul et cathy 2018 014quand les kayaks de l’école de voile n’attendent plus que la mise à l’eauj-paul et cathy 2018 029

Alors, c’est dit, on sort les maillots de bain?

Je suis le genre de fille, Nathalie Kuperman, 2018

filleUn roman dont chaque chapitre commence par la même phrase, ça ne vous rappelle rien?

Et si je dis: « je me souviens »?

Bingo! ( pour ceux qui ne l’ont pas lu, c’est le titre d’un roman de Georges Perec)

Ici, c’est d’un roman très différent dont il s’agit, la narratrice se définit par petites touches, par des mises en situation où l’on se reconnaît parfois mais qui, accolées les unes aux autres finissent par lasser.

Peut-être parce que ce genre de fille-là ne fait guère rêver? Trop de compromis, de renoncements, de colères imprévues qui retombent en soufflé mal digéré. Seul le dernier chapitre échappe à la contrainte d’écriure choisie et la déclaration d’amour de la narratrice à sa mère décédée change la perspective. Et si tous les chapitres n’étaient qu’une confession rêvée à celle dont le dernier rendez-vous a été esquivé?

Alors , oui, le personnage agace mais pour cette raison, peut-être peut-on lui pardonner.

Dans une coque de noix,Ian Mc Ewan, 2017

coqueD’accord, le titre surprend quand on regarde l’illustration de couverture où l’on découvre…un œuf là où on penserait à une aventure maritime!

Mais le choix apparaît judicieux à la lecture et s’explique par le sujet de ce roman, sujet pour le moins réjouissant. Imaginez Hamlet avant Shakespeare, avant même la naissance du héros qui pourtant est le narrateur de l’intrigue que l’on connaît tous.

La reine est rebaptisée Trudy, le père John mais l’affreux Claude garde son patronyme et son ignominie.

Sur le point de naître, le futur bébé-narrateur suit les aléas du complot fratricide, les ébats du couple adultère et on se surprend à espérer un autre dénouement que celui, funeste, pour lequel avait opté le dramaturge anglais.

L’époque est contemporaine et pourtant le déroulement temporel permet à l’enfant à naître des réflexions sur notre monde et ce qu’il devient :

«  Les neuf milliards de héros échapperont-ils de justesse à un conflit nucléaire? Pensez-y comme à un sport de combat. Alignez les équipes. L’Inde contre le Pakistan, L’Iran contre l’Arabie saoudite, Israël contre l’Iran, les États-Unis contre la Chine, la Russie contre les États-Unis et l’OTAN, la Corée du Nord contre le reste du Monde »

Suspens…

Les doris sont de sortie!

Ça y est! Le soleil brille et les doris sont de sortie.

Les quoi? Non, ce n’est pas une espèce d’insecte ou de poisson exotique, lisez le Chasse-Marée, traînez sur les ports et pontons de Bretagne ou d’ailleurs, renseignez-vous quoi! Et vous saurez que ce sont des bateaux qu’on utilisait pour la pêche à la morue, entre autres.

Ici, on en voit de toutes les couleurs alors quand ils se dorent sur la grève, c’est l’heure de la pose-photo, et comme ils ne sont pas doués pour les selfies, je me permets de leur donner un coup de pouce!

en jaune, fin mai2018doris 016fin mai2018doris 019

en vert,fin mai2018doris 006

en version arc-en ciel devant les salines :

fin mai2018doris 007fin mai2018doris 011

Ils sont prêts!fin mai2018doris 012fin mai2018doris 014fin mai2018doris 018

Chaque cabestan a trouvé doris à son bout:fin mai2018doris 015fin mai2018doris 017

Alors, prêts pour un petit tour à l’île aux Marins?fin mai2018doris 020.JPG

 

Par les rafales, Valentine Imhof, 2018

rafaleUn roman écrit par quelqu’un qui vit sur l’archipel, forcément, ça donne envie d’aller y voir de plus près, sauf que cette fois, il ne s’agit ni d’un roman familial ni d’un roman historique mais d’un polar.

On connaissait La morue voit rouge de Sandrine Pautard dont l’intrigue se situait à l ‘île aux marins dans le contexte de la grande pêche. Ici, l’archipel n’apparaît qu’à l’approche du dénouement, presque par ricochet et on se est le plus souvent dans un univers urbain contemporain assez sordide de la Belgique à la Lorraine en passant ( sans sabots!) par les Shetland d’Écosse, les bayous de la Louisiane et le Canada.

On y suit Alex, jeune femme marquée dans tous les sens du terme, tueuse ou victime, on hésite.

L’intrigue est fort bien menée mais cette plongée vers les confins de la folie m’a un peu laissée sur la touche dans la mesure où je n’ai pas réussi à m’attacher à l’héroïne par manque d’empathie, un peu comme s’il manquait ce je ne sais quoi qui fait vibrer le lecteur à l’unisson du héros. Le personnage le plus attachant se fait débarquer d’une pichenette désinvolte et nous laisse orphelins, sans attache affective. Il y a aussi une enquêtrice perdue dans le sous-sol de son commissariat mais là encore difficile de se passionner pour ses états d’âme et c’est dommage.

Lecture mitigée par conséquent, à tenter pour se faire sa propre opinion et pour les références musicales et littéraires qui donnent envie de relire illico Lautréamont!

Un p’tit pont, deux p’tits ponts….

En mai fais ce qu’il te plaît et ce qui plaît ici, à Saint-Pierre, c’est d’aller se balader alors les ponts de mai sont une aubaine devant laquelle il est difficile de faire la fine bouche.

Les uns partent au soleil, chercher sous les tropiques la chaleur qui tarde à s’installer, d’autres vont prendre l’air de Langlade ou Miquelon, ouvrir leurs maisons d’été et voir si le ciel d’en face est plus pur.péninsule de Burin 9-05-2018 047

Et puis il y a ceux qui filent chez les « cousins » terre-neuviens en quête d’espace ou d’icebergs: un voyage à l’étranger, à 24 km de chez soi, avec décalage horaire ( une demi-heure, vous ne pensiez pas cela possible? Eh bien si!) dépaysement linguistique et conduite à la canadienne. Elle est pas belle, la vie sur le caillou?péninsule de Burin 9-05-2018 043

Là-bas, les barbecues sont improbables, sentinelles rouillées de plages de sable fin,péninsule de Burin 9-05-2018 042péninsule de Burin 9-05-2018 046

Les toilettes, tranquilles et pétantes!péninsule de Burin 9-05-2018 026.JPG

Au milieu coule une rivière ( plus d’une en fait, ce n’est pas l’eau qui manque!)péninsule de Burin 9-05-2018 039.JPG

les maisons sont colorées…péninsule de Burin 9-05-2018 075

Les abris d’oiseaux rivalisent d’ingéniosité.péninsule de Burin 9-05-2018 080péninsule de Burin 9-05-2018 079péninsule de Burin 9-05-2018 094péninsule de Burin 9-05-2018 098

Les parcs de jeu ont vue sur mer,péninsule de Burin 9-05-2018 089

et le linge coloré vole au ventpéninsule de Burin 9-05-2018 092

alors que les oursins succombent à la gourmandise des mouettespéninsule de Burin 9-05-2018 106

et que les rochers défient l’homme et le tempspéninsule de Burin 9-05-2018 107

La péninsule de Burin, un bien joli voyage!péninsule de Burin 9-05-2018 050

 

 

La Passe-Miroir, Christelle Dabos, Tomes 1, 2 et 3

passetous

Enthousiasmant!

Les romans de Christelle Dabos, La Passe-Miroir, nous font faire la connaissance d’Ophélie, jeune liseuse originaire d’un monde éclaté en plusieurs familles très particulières qui toutes, vivent sur des îlots flottant au milieu du vide. Promise malgré elle à un homme de la famille du Pôle, elle va se voir contrainte de le suivre dans un univers glacial où intrigues et illusions l’étourdissent,bien loin de son univers douillet d’animiste gardienne de musée.

J’entends d’ici les grincements de dents de ceux qui s’attendent à une intrigue convenue dans laquelle l’ingénue se retrouve infailliblement dans les bras du beau ténébreux. On s’y prépare mais non, l’imagination est reine et seule maître à bord, les pouvoirs des différents clans nous surprennent et nous font dévorer ces romans. Le premier a été couronné du grand prix de l’Imaginaire en 2016 et a gagné le concours du premier Roman en 2013, distinctions amplement méritées.

Les illusions fleurissent au fil des pages et comme l’héroïne, on ne peut, on n’ose plus faire confiance à aucun personnage. La dinguerie des uns, la fourberie des autres se mêlent pour donner naissance aux plus terribles machinations au sein de la vénéneuse « citacielle » ( j’adore le mot-valise!!!)

Trois tomes sont pour le moment en rayon à la bibliothèque de Saint-Pierre, chic!

Le premier est sans doute le plus marquant , le plaisir de la découverte d’un nouvel univers emportant toutes les réticences. Les deux autres se lisent avec plaisir, un peu comme les Harry Potter , le personnage principal étant aussi attachant que l’écharpe animée qui lui sert « d’animal » de compagnie.

Chaque volume nous fait fréquenter une famille particulière et la bonne nouvelle c’est que ce monde étrange en compte 20 alors on a de quoi passer de bons moments de lecture en compagnie d’Ophélie …