Présentation

Ce blog est né de deux envies, partager mes coups de cœur littéraires et faire découvrir l’île où je me trouve .

Comme la météo de Saint-Pierre nous contraint parfois au cocooning hivernal, j’ai tout le temps nécessaire pour lire et au rythme de plus ou moins trois romans par semaine, je trouve forcément mon bonheur à la médiathèque!

Après, étant extrêmement bavarde, à l’oral comme au clavier, pourquoi ne pas partager sur d’autres sujets ? c’est la porte ouverte à tous les délires, à vous de voir si vous avez envie de suivre!

contact: javaclak@free.fr

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La maison Golden, Salman Rushdie, 2018 ( actes sud)

Drôle de maison que celle qui captive le narrateur de ce récit surprenant !

Nichée au creux des « jardins » d’un Manhattan rêvé par ceux qui ont fui leur pays et leur passé, elle abrite une bien curieuse famille.

Le narrateur, René, se veut cinéaste. Son sujet ? Cette maison et ses habitants. Mais à trop s’approcher des secrets, on en fait inévitablement partie.

La galerie des personnages dépeints ici est riche en fantaisie mais aussi en justesse. De la vamp arriviste russe au dandy, de ceux qui fréquentent les endroits chics au vagabond illuminé qui erre dans les rues, c’est tout un résumé des États-Unis actuels qui s’invite dans ces pages. Les références cinématographiques, nombreuses, mettent notre imaginaire à contribution et convoquent les silhouettes des plus grands acteurs, actrices et réalisateurs. De Coppola père à Godart, personne n’est laissé sur la touche et la lecture donne envie de se replonger dans bien des films !

Histoires multiples, facettes qui éclatent en d’autres facettes encore, la lange est riche et les références culturelles nombreuses, un plaisir pour le lecteur, une invitation à la réflexion qui n’oublie jamais l’art du conteur.

Le dernier violon de Mehuhin, Xavier-Marie Bonnot, 2017

Roman envoutant que celui de Xavier-Marie Bonnot, on y parle de musique, bien sûr, mais pas seulement et si l’âme du Lord Wilson et du Milanollo ne sont jamais bien loin, c’est aussi la nôtre qui s’invite entre les pages , sœur humaine du personnage central au moment où tout finit.

Rodolphe Meyer vit en effet ses derniers instants dans la ferme familiale dont il vient d’hériter. Violoniste virtuose, prodige à l’enfance volée, séducteur adulé puis délaissé, il y rencontre son double mystérieux , lointain cousin du Victor de Truffaut. Mirage ou réalité? Peu importe. Les questions posées sont universelles et touchantes, le voyage est poétique, jamais désespéré et la musique de l’écriture nous poursuit bien après que le livre ait été refermé…

Grace Kelly, l’amour et moi, Lucy Holliday, 2017

Commencer une trilogie par la fin est rarement conseillé, c’est sûr.

Au temps pour moi, ça m’apprendra à me laisser prendre au titre et au jaune pepsy de la couverture de ce roman classé dans les nouveautés, sans être  » à éviter », il ne me laissera assurément pas un souvenir impérissable, un peu comme les Barbara Cartland découverts à l’adolescence, je me trouvais géniale de deviner tout ce qui allait arriver avant de découvrir la notion de cliché.

Si vous avez aimé Si c’était vrai de Marc Lévy, vous vous retrouverez en terre familière, un peu d’inexplicable, une intrigue amoureuse pas franchement surprenante et en plus plein de mâles sexy au physique ravageur. L’héroïne, comparée à Bridget Jones par l’éditeur, est la reine de la gaffe et travaille à la création de bijoux plutôt luxueux, sa famille est une revue des calamités dans le genre égocentrique exacerbé et si l’on croise un peu de tout dans ce roman, on reste dans le quartier chic de Londres.

Bref, un moment de lecture pas désagréable mais qui me confirme dans l’idée que je me passerai sans problème des deux autres romans de la trilogie et pour les fan de Grace Kelly…attention à la démystification, la princesse n’y apparait pas toujours sous son meilleur jour!

L’enfant du Cerf, Liam Hearn, Gallimard, 2016

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Shikanoko est le premier tome d’une nouvelle épopée de l’auteur du clan des Otori , on y retrouve tout le talent de conteur de Liam Hearn et l’exotisme d’un Japon médiéval où le merveilleux le dispute aux intrigues et fourberies de palais.

Le plus ardu pour le lecteur ? Se familiariser avec les noms et les relations familiales complexes des différents personnages. Pas toujours facile de s’y retrouver entre premières épouses, concubines et autres satellites qui gravitent autour du noyau central mais le jeu en vaut la peine et on s’attache avec plaisir à la destinée de l’enfant du cerf, fils malheureux chassé de son foyer par la fourberie d’un oncle qui convoite le pouvoir. sorciers, guerrières, magiciennes.. . son destin lui fait croiser de bien curieux comparses!

Tout le charme de l’univers romanesque est à l’œuvre et on passe un excellent moment à suivre le jeune homme. Les ingrédients sont classiques et d’autant plus imparables, il n’y a plus qu’à se laisser faire !

Tous les hommes désirent naturellement savoir, Nina Bouraoui, 2018


Titre à rallonge, écriture sobre : étrange mariage où le titre semble parfois plus disert que certains chapitres. Les thèmes ? Enfance, solitude, exil découverte de l’homosexualité, amour…

chaque chapitre s’offre un intitulé à l’infinitif, insistante ritournelle qui revient sans se lasser : se souvenir, savoir, devenir, être. La mémoire de l’enfance retricote les non-dits de l’histoire  familiale, la mère, personnage fascinant, cache ses blessures dans un silence qui n’abolit ni la violence, ni les souvenirs. Française épousant un algérien, elle le suit dans un pays qui va bientôt basculer . Ses filles vont connaître la beauté du désert, sa lumière brutale, mais aussi les regards malveillants, l’angoisse, les disparitions inexplicables et enfin l’exil en France, la vie chez des grands-parents certes bienveillants mais si différents !La narratrice est jeune, lesbienne, métisse, ses questions découlent toutes du même désir : la fin de la solitude. Elle peine à s’accepter, vit aux aguets, ne s’autorise pas toujours à vivre .

Un récit parfois déroutant mais intéressant, sans voyeurisme ni jugement. Une quête de soi pour enfin « être » à part entière.

Attends-moi au ciel, Carlos Salem, 2018, Actes Sud

Attention ! Polar réjouissant !

 Si ! Si !Ça existe, la preuve : Piedad de la Viuda, personnage de cinquantenaire canon et coincée, confite en dévotions et accro aux aphorismes et autres proverbes plus ou moins consternants.

 La mort de son mari va réveiller en elle une femme bien différente, explosive, libérée et dangereuse.C’est qu’elle a du temps à rattraper ! La colère la transforme radicalement ( ou la révèle ? ) et le spectacle est des plus réjouissant. Détournement de fond, énigmes, coup de cœur et de corps, un bon moment de lecture qui ne laisse aucune place à la mélancolie.

 Les personnages féminins sont hauts en couleur et rien que pour cela , ce roman vaut la peine qu’on s’y attarde. De l’humour, des crimes, joli programme, non ?

L’infini livre, Noëlle Ravez, 2014

 

 Qu’un roman soit une fiction, voilà qui n’a rien d’original, qu’il porte sur l’écriture et le milieu littéraire, cela s’est déjà lu, qu’il affirme un futur dans lequel contenu du livre n’aura plus qu’une importance anecdotique, là,nous nous retrouvons en terre étrangère.

Voyage novateur par conséquent que celui de l’infini livre. Si la logique mécanique des talk-show littéraires est poussée jusqu’au dénouement fatal, celle de la lecture ne l’est pas moins. « En soi, il n’était en rien difficile de parler des livres. C’était à la portée de n’importe qui. » (p 25) forcément, quand le livre se réduit au poids et à la couverture !

 Plus grave, la musique et le langage ont subi le même revers dans ce conte philosophique sans Candide.

 Alors ? Monde perdu?Fin des rêveries ? Fin de toute tentation d’intelligence ?

  C’est de la rencontre que va naître la solution, la rencontre de deux femmes écrivains. D’abord comparées,puis fusionnées par le système, elles vont commettre l’impensable :ouvrir un livre et…

En dire davantage serait un coup en traître et il n’y aurait plus de surprise mais ce roman est à lire absolument. Beaucoup d’humour, d’ironie et un futur qui a bien des points communs avec certains aspects de notre présent.

En nous beaucoup d’hommes respirent,Marie-Aude Murail, 2018 ( éditions l’Iconoclaste)

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Encore une autobiographie?

Oui…et non.

On ne compte plus le nombre des auteurs qui,l’âge se faisant plus ou moins avancé, se plongent dans leurs souvenirs d’enfance et partagent avec nous ce qu’ils pensent avoir été .

Marie-Aude Murail n’échappe pas aux règles du genre. Sans innover totalement à la manière d’une géniale Nathalie Sarraute, elle tricote son histoire à partir d’une malle aux trésors familiaux léguée par sa mère. Une chance, dans la famille, tout le monde écrit, poétise, dramatise. On fait ainsi la connaissance du couple mythique des grands-parents amoureux mais aussi de leurs propres parents, des secrets dits ou devinés, le tout sur fond de guerre des années 1850-1960 à aujourd’hui. Les photographies donnent vie aux personnages du roman familial et il semble y avoir beaucoup d’honnêteté dans les considérations de l’auteur sur sa condition d’écrivain, ses hésitations, ses rêveries, sa sidération parfois quand, par exemple, elle découvre les réalités du devoir conjugal.

Chez les Murail, on s’écrit beaucoup, un peu comme s’il fallait la magie des mots pour que le réel prenne forme, c’est donc à travers les lettres , cartes et autres vestiges du passé qu’on nous invite au voyage. L’auteur aime aussi ce qu’elle appelle «  la culture des enfants » tout en étant parfois effrayée par les marmots et leur « violence inouïe » . Elle n’est pas écrivain par hasard et a choisi son public une fois pour toutes.

Alors les inconditionnels de Marie-Aude Murail découvriront avec plaisir ce qui a construit la femme de lettres,les autres se laisseront prendre au charme d’une histoire riche en rebondissements, fruit du hasard comme tant d’autres histoires mais imagée, documentée et , qui sait, peut-être auront-ils envie de découvrir Simple ou oh Boy !* Si ce  n’est déjà fait ?

La littérature jeunesse échappe aux étiquettes qu’on s’obstine à lui coller et se lit à tout âge !

*titres de romans publiés par l’auteur

L’Hiver du mécontentement, Thomas B. Reverdy, 2018

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L’Hiver du mécontentement est un curieux roman qui commence comme un envol, celui de Candice sur son vélo de messagère, celui d’une jeune fille de 20 ans dans le Londres de 1978 , Londres juste avant que Margaret Thatcher n’impose sa politique de « fer ».

Envol plein de promesses : Candice est belle, Candice est libre. Envol risqué en période de crise : comment croire à l’avenir quand le travail se fait rare ?

L’auteur joue à alterner les gros plans sur une actualité déprimante et les considérations de son héroïne sur Richard III, le personnage que la jeune femme doit interpréter sur les planches. Deux conquêtes de pouvoir se font écho à travers le temps, celle du tyran shakespearien faisant écho à celle du ministre torie. Il fallait oser la comparaison !

Le résultat est bluffant, on suit l’ascension de Margaret Thatcher avec le même intérêt que celui qu’on porte aux amours de Candice. L’écriture est précise, sans fioriture, et d’une efficacité impressionnante. Les remarques sur le théâtre et le jeu des acteurs sonnent juste. Un auteur auquel je vais sans aucun doute m’intéresser de plus près, il a écrit huit romans déjà ! Chic ! Pourvu qu’ils m’emportent avec autant de brio !

Musique, politique, couacs, dissonances et cacophonie!

Chats-musiciens

On dit de la musique qu’elle adoucit les mœurs, il est donc à croire que les mœurs de Saint-Pierre risquent fort de s’endurcir dans les années à venir. En effet, si l’été fut incontestablement musical entre dunefest, rock N’ rhum, Lab 97 et Transboréales, les inquiétudes quant à l’avenir des cours de musique à Saint-Pierre sont plus d’actualité que jamais. Les bars ont résonné de chants, animés par les groupes bien souvent issus des talents locaux, formés par une école accessible à tous, or cette accessibilité semble vivre ces derniers beaux jours. Certes, un poste de professeur de guitare a été publié mais qu’en est-il en réalité? Certains candidats se sont vu refuser des informations qui ne peuvent paraître accessoires, le montant de la rémunération par exemple reste un non-dit pour le moins décourageant!

Quant au poste de professeur de piano, silence assourdissant. On a même entendu une intervention au journal télévisé nous disant qu’il est normal qu’un enseignant en disponibilité puisse retrouver son poste à son retour éventuel. Les règles en matière de disponibilité ne seraient donc pas applicables dans l’archipel? Imaginons que ce soit le cas…beaucoup de professeurs des écoles prennent des disponibilités soit pour se former soit pour des raisons personnelles, faudra-t-il alors que les élèves se passent d’enseignant et se forment par correspondance???

Nombreux sont ceux qui avaient répondu au sondage publié sur le site de cheznoo, sondage leur demandant s’ils étaient favorables au développement des offres de cours de musique au CCS, la réponse était positive pour plus de 80% des avis exprimés. Le moins qu’on puisse dire c’est que leur voix n’a pour le moment pas été entendue..La culture, c’est parfois une vitrine, mais pour que la vitrine soit belle, il faut s’en donner les moyens; faire l’impasse sur la jeunesse, c’est tuer la créativité ou l’inviter à s’exprimer….ailleurs!

Cette année, il faudra se battre pour avoir une chance d’avoir accès à des cours de musique, combien de personnes seront satisfaites à la fin de la journée d’inscription au CCS? Il serait intéressant de le savoir!